Rideau !

1062008

Lundi de la Saint-Benoît 1740 [21 mars 1740],
Venise.

J’ai eu la chance d’être l’un des rares privilégiés à assister au spectacle qui était donné à l’Ospedale della Pietà, ce soir, en l’honneur de Sa Majesté le Prince-Electeur de Saxe, Frederick-Christian, qui nous fait le privilège de visiter notre ville depuis le mois de décembre. On raconte qu’il ne veut rien rater des concerts joués à Venise. La ville a d’ailleurs mis les petits plats dans les grands pour recevoir ce voyageur de marque. Jamais le carnaval ne connut un tel faste et les autorités mirent à contribution tout ce qu’elle comptait d’artistes dans la lagune. L’un des points d’orgue des festivités se produisit ce soir : on joua la sérénade Il Coro delle Muse, d’après un livret de Goldoni qu’on ne présente plus en ces lieux.

Rideau ! dans Histoire 2968Il est indéniable que ce furent les intermèdes musicaux que Sa Majesté le Prince a le plus appréciés. On dit même qu’il a tissé des liens particuliers avec le compositeur, Antonio Vivaldi, le célèbre violoniste et compositeur qui connaît des échecs de plus en plus fréquents lors des représentations de ses opéras. Voyons la réalité en face : Vivaldi se fait vieux et sa musique commence à passer de mode. Ses échecs les plus récents viennent de ses opéras (je l’ai dit ci-devant) qui ne correspondent plus (ou s’adaptent très difficilement) aux goûts du jour : aujourd’hui, ce qui plaît est une musique plus légère et dont l’essentiel de la production a lieu à Naples. Mais le Saxon n’est pas à la pointe de la mode et il continue à aduler la musique instrumentale, en particulier celle pour bois dont les Germains raffolent. Quant aux Vénitiens, ils bénéficient d’une telle offre de concerts musicaux qu’ils ne savent plus reconnaître une belle partition lorsqu’elle enchante  leurs oreilles. Ce soir, s’ils étaient venus, c’était davantage pour assister à un spectacle en présence d’un hôte prestigieux que pour écouter de la musique.

Or, ce fut une soirée particulière, à tous points de vue, je dois l’avouer.

D’abord, il faisait anormalement chaud lors de la représentation et l’air venait à manquer. Le tonnerre grondait au dehors. A cela, ajoutons les bougies, ce qui ne gâcha rien. La demoiselle à ma droite manqua de s’évanouir.

Portrait présumé de VivaldiEt que dire des musiciennes de l’institution condamnées à jouer dans les hauteurs, dissimulées derrière des grilles pour les soustraire au regard des hommes venus chercher épouses ? L’autre moitié de l’effectif jouait à hauteur du public. L’effet sonore, tantôt de face, tantôt en écho grâce à la disposition des instrumentalistes, fait toujours des spectacles donnés à l’hôpital un vrai régal. Concédons toutefois qu’ils ne valent pas ceux exécutés à la basilique et qu’ils n’en sont qu’une adaptation, voire une copie.

Jusqu’ici, rien de notable, avouons-le. Je ferai fi de la sérénade qui ne m’a guère diverti (je ne comprends pas l’engouement pour ce Goldoni) et m’attarderai plutôt sur la musique du prêtre qui dirigeait aux côtés des orphelines.

Vivaldi m’a surpris. D’abord, il nous gratifia d’un concerto pour luth, viole d’amour, archet et basse continue. Qu’y a-t-il de surprenant là-dedans ? Sans aucun doute la dualité inhabituelle entre les premiers instruments, nobles s’ils en existent. Le premier mouvement (oui, Vivaldi n’a pas été original à ce niveau, se contentant d’un habituel vif-lent-vif) était envoutant : les cordes jouaient en sourdine alors que le luth et la viole dialoguaient et se prennent au jeu des rivalités et des imitations mutuelles. Ensuite, le largo fut laissé aux cordes sur lesquelles se déposaient la viole, pleine de romance et cantabile, et le luth à peine festonné. Quel moment invitant à la méditation ! Enfin, l’allegro final conclut le tout sur un rythme soutenu où les deux instruments principaux rivalisaient de virtuosité à nouveau. Joli moment !

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Plus tard, le vecchio m’émut par son écriture : un concerto pour quatre violons (déjà, c’est plutôt rare). Mais c’est surtout la mise en scène de l’oeuvre qui me surprit : j’ai évoqué plus avant la disposition particulière de la Pietà. C’est ici qu’elle prit pleinement son sens : un violon jouait sur scène alors que les trois autres, dissimulés, y répondaient de je-ne-sais-trop-où : l’écho venait d’un peu partout. Surprenant ! Et que dire de la partition emprunte à la fois d’un style que je pourrais appeler « galant » ou du moins précieux et d’une mélancolie interpellante, en particulier lorsque les solistes attaquaient le jeu en solo accompagné d’un subtil écho… magique !

Enfin, je ne pourrais éluder la dernière pièce, étonnante à plus d’un titre. D’abord, l’instrumentation : deux violons (assez particuliers et sourds : « jouant en trombes marines » comme on m’expliqua), deux mandolines, deux chalumeaux (sortes de cors), des théorbes, des flûtes et un violoncelle. Rien que cet « assemblage » est atypique : je ne me rappelle pas avoir entendu pareil ensemble pour un concerto. Vivaldi, paraît-il, avait déjà fait semblable entreprise il y a quelques mois et il réitéra sans doute pour faire languir Sa Majesté. Quant à l’écriture, elle est survoltée et le prêtre vire au tapageur, voir à l’esbroufe. Il ne faut lésiner sur rien si l’on veut vendre ses services (j’ai surpris une conversation où il était question que Vivaldi quitte Venise pour offrir son talent à Dresde qui sait le reconnaître ; je mets fort à parier qu’une fois parti, la ville, toujours en proie à la nouveauté, l’oubliera bien vite). Mais je perds le fil de mes idées…l’originalité du concerto : des tutti ébouriffants suivis de prestations solistes ou de combinaisons de ceux-ci. Pas une fois le rythme ne s’essouffle. Tout se combine, se succède avec brio ; tous rivalisent aussi. Une chose est certaine : le public fut abasourdi et le silence régnait dans la salle. Il fallut attendre la fin du premier mouvement pour entendre les commentaires qui ne manquèrent pas de les gâcher (même s’ils étaient plus conventionnels au regard du premier) : un andante molto où les mandolines s’entrecroisent et un allegro où les solistes, à tour de rôle, saluent le public par quelques mesures entrecoupées de tutti. Ce fut un peu comme le final d’un opéra ! Bravo ! Quelle audace ! Quelle désinvolture lors d’une telle représentation et dans un tel lieu ! Sa Majesté a su apprécier à sa juste valeur la prestation qu’elle venait d’avoir sous les yeux.

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La soirée se termina à l’ambassade de Saxe où les festivités allèrent bon train. Vivaldi était présent mais je n’ai pu lui adresser un mot. J’essaierai à l’occasion qu’il me vende quelques-unes de ses partitions. On dit qu’il a des difficultés d’argent. Cela est une aubaine pour qui veut acheter de sa musique à bas prix !

Je rentre à mon palais alors que les premières lueurs de l’aurore pointent à l’horizon de la lagune. La nuit sera courte !

 

Ce fut là l’un des derniers concerts donnés par Vivaldi à Venise. Il décide de quitter la ville pour le Saint-Empire et s’installe à Vienne où il ne survivra pas : il meurt un peu plus d’un an après son départ de la Sérénissime, le 28 juillet 1741 dans le dénuement le plus complet.

 

* Orientation discographique

  • RV 540 : concerto pour viole d’amour et luth : Vivaldi : musica per mandolin e liuto, Ensemble Kapsberger, dir. Rolf Lislevand, Naïve, Edition Vivaldi, vol. 33, 1996 et 2006.
  • RV 522 : concerto ‘per eco in lontano’ : Concert for the Prince of Poland, The Academy of Ancient Music, dir. Andrew Manze, Harmonia Mundi, HMX 2907230, 1998.
  • RV 558 : concerto pour instruments multiples : Concerti per mandolini, concerti con molti strumenti, Europa galante, dir. Fabio Biondi, Virgin, 2002.

 

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ English version ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ 

San Benedictus’ Day, Monday, 1740 [March 21, 1740]],
Venice.

I am likely to be one of rare privileged to attend the spectacle which was given to Ospedale della Pietà, this evening, in the honor of His Majesty the Prince-Voter of Saxony, Frederick-Christian, who makes us the privilege visit our city since December. It is told that he wants nothing to miss by the concerts played Venice. The city put besides the small dishes in the large ones to receive this traveller of mark. Never the carnival knew such an ostentation and the authorities reflect with contribution all that it counted artists in the lagoon. One of the points of organ of the festivities occurred this evening: one played Il Coro delle Muse (a serenade), according to a booklet of Goldoni which one does not present any more in these places.

2968 dans MusiqueIt is undeniable that these were the musical interludes that His Majesty the Prince appreciated. One even says that it wove particular bonds with the type-setter, Antonio Vivaldi, considered violonist and composer who knows increasingly frequent failures at the time of the representations of his operas. Let us see reality opposite: Vivaldi gets old and its music starts to pass from mode. His most recent failures come from its operas (I said it above) which do not correspond any more (or adapt very with difficulty) to the last styles: today, which likes is a lighter music and of which the essence of the production takes place in Naples. But the Saxon one is not with the point of the mode and it continues to adulate the instrumental music, in particular that for wood whose German likes. As for Venetian, they profit from such an offer in musical concerts which they cannot recognize any more one beautiful partition when it enchants their ears. This evening, if they had come, it was more to attend a spectacle in the presence of a prestigious host that to listen to music.

However, it was one evening particular, with all points of view, I must acknowledge it.

Initially, the weather was abnormally hot at the time of the representation and the air had suddenly missed. The thunder thundered with the outside. With that, let us add the candles, which did not waste anything. The young lady on my line missed disappearing.

Supposed portrait of VivaldiAnd what to say musicians of the institution condemned to play in the heights, dissimulated behind grids to withdraw them from the glance them men come to seek wives? Other half of manpower played height of the public. The sound effect, sometimes of face, sometimes in echo thanks to the provision of the instrumentalists, always makes spectacles given to the hospital a true treat. Let us concede however that they are not worth those carried out with the basilica and that they are only one adaptation, even a copy.

Up to now, nothing notable, let us acknowledge-the. I will despize serenade which hardly diverted me (I do not understand the passion for this Goldoni) and will rather delay me on the music of the priest who directed to the sides of the orphan ones.

Vivaldi has surprised me. Initially, it us gratifia of a concerto for lute, viola d’amore, string and continous. What there have of surprising in it? Without any doubt unusual duality between the first instruments, noble if they exist about it. The first movement (yes, Vivaldi was not original on this level, being satisfied with usual sharp-slow-sharp) was envoutant: the cords played out of silencing device whereas the lute and the viol dialogued and are caught with the play mutual competitions and imitations. Then, the largo was left with the cords on which settled the viol, full with lovesong and cantabile, and the hardly festooned lute. What a moment inviting to the meditation! Lastly, the final allegro concludes the whole on a sustained rhythm where the two principal instruments competed of virtuosity again. Pretty moment!

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Later, the vecchio moved me by its writing: a concerto for four violins (already, it is rather rare). But it is especially the setting in scene of the work which surprised me: I evoked more before the specific measure of Pietà. It is here that it took its direction fully: a violin played on scene whereas the three others, dissimulated, answered it of I–know-too-where: the echo came from a little everywhere. Surprising! And that to say partition at the same time style borrows which I could at least call “gallant” or invaluable and of a challenging melancholy, in particular when the soloists tackled the play in solo accompanied by a subtle magic echo…!

Lastly, I could not elude the last part, astonishing in more than one way. Initially, instrumentation: two violins (enough particular and deaf: “playing in marine waterspouts” as me was explained), two mandolines, two shalmos (kinds of horns), of the luths, the flutes and a violoncello. Only this “assembly” is atypical: I do not remember to have heard similar orchestra for a concerto. Vivaldi, appear-it, had already made similar company a few months ago and it undoubtedly reiterated to make languish His Majesty. As for the writing, it is boosted and the priest transfers with noisy, to see by hustling. One should not haggle over nothing if one wants to sell his services (I have surprised a conversation where it was a question that Vivaldi leaves Venice to offer its talent to Dresden which can recognize it; I extremely put to bet that once party, the city, always in prey with the innovation, will forget it well quickly). But I lose the thread of my ideas… the originality of the concerto: followed tutti dishevelling, next soloists or combinations of those. Not once the rhythm is not blown. All combines, follows one another with brilliance; all compete too. A thing is certain: the public was deafened and silence reigned in the room. It was necessary to await the end of the first movement to hear the comments which did not fail to waste them (even if they were more conventional taking into consideration first): an andante molto where the mandolines intersect and an allegro where soloists, in turn, greet the public by some measurements intersected with tutti. It was a little like the final one of an opera! Cheer! What a audacity! What a ease at the time of such a representation and in such a place! His Majesty knew to appreciate with its right value the service which it had just had under the eyes.

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The evening finished with the embassy of Saxony where the festivities went good progress. Vivaldi was present but I could not address few words to him. I will test on the occasion that it sells some of its partitions to me. It is said that it has difficulties of money. That is an aubaine for which wants to buy its music at low prices!

I return to my palate whereas the first gleams of the dawn appear on the horizon of the lagoon. The night will be short!

 

It was there one in the last concerts given by Vivaldi in Venice. He decides to leave the city to leave to the Holy roman Empire. He settles in Vienna where he will not survive: he dies a little more than one year after his departure of Sérénissime, on July 28, 1741 in the most complete destitution.

 

* Orientation discographic

  • RV 540 : concerto pour viole d’amour et luth : Vivaldi : musica per mandolin e liuto, Ensemble Kapsberger, dir. Rolf Lislevand, Naïve, Edition Vivaldi, vol. 33, 1996 et 2006.
  • RV 522 : concerto ‘per eco in lontano’ : Concert for the Prince of Poland, The Academy of Ancient Music, dir. Andrew Manze, Harmonia Mundi, HMX 2907230, 1998.
  • RV 558 : concerto pour instruments multiples : Concerti per mandolini, concerti con molti strumenti, Europa galante, dir. Fabio Biondi, Virgin, 2002.
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    La primavera

    20032008

    La primavera dans Musique primavera

     Accueillons ce premier jour de printemps comme il se doit, avec la légèreté, la grâce, la délicatesse et la gaieté qui sont siennes, même si je n’aperçois que des nuages gris depuis ma fenêtre. Et quoi de mieux que de le célébrer avec l’un des musiques les plus populaires (popularisées à outrance, surtout, voire prostituées !) de tous les temps : le printemps d’Antonio Vivaldi (rv 26). Ecoutons, ou réécoutons plutôt avec une oreille nouvelle, ce chef-d’oeuvre musical intemporel, ou presque.

    Il y a tant de choses à dire qu’il m’est difficile de savoir par où commencer.

    Les célèbres Quatre saisons sont les concerti qui ouvrent son 8e opus (recueil ; 1725), Il cimento dell’armonico e dell’invenzione (je lui consacrerai un micro article un jour). Déjà, arrêtons-nous quelques instants sur le titre. Tout s’y trouve : le « combat » (je n’aime pas trop cette traduction mais le mot est difficile à rendre en français ; il s’agit de l’interaction, de la rencontre physiquement éprouvante, voire, en exagérant un peu, du clash) entre l’ »harmonie » et l’ »invention », deux termes difficilement conciliables. Vivaldi, enrichi de son expérience de compositeur d’opéras, connaît bien les sensibilités du public et ses attentes ; il sait lui faire ressentir la joie, l’inquiétude ; transcrire le sommeil, le réconfort, etc. Et comme si nous étions incapables de comprendre sa musique (à moins que ce ne soient les musiciens qui sont priés de l’interpréter correctemment), Vivaldi joint à ses quatre concerti des sonnets, une aide précieuse afin de saisir les nuances de sa musique.

    Autre remarque importante avant d’entamer l’analyse proprement dite, concernant le style du Vénitien cette fois : la musique baroque est une musique de contrastes. Ceux-ci peuvent s’illustrer de différentes manières : lent/rapide ; grave/aïgu ; soli (solo)/tutti (ensemble de l’orchestre), etc. Vivaldi va, tout au long de sa carrière, adopter une structure pour ses concerti qu’il ne variera qu’occasionnelement : vif (1er mouvement) – lent (2e mvt) – vif (3e mvt). Au sein de ces mouvements, il va opposer la mélodie (en tutti) à l’instrument soliste (le violon, le plus souvent).

    Tout cela semble assez théorique et difficilemment compréhensible. Tâchons de le comprendre en regardant de plus près son premier concerto, la primavera, cette succession de trois tableaux.

    I. mouvement I : allegro

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    • [0:08] Les premières mesures (ta-ta ta-ta ta-ta-ta) sont, sans doute aucun, les plus célèbres du compositeur. Il s’agit de la mélodie, s’identifiant au printemps et à la gaieté (ou pourrait les assimiler). Cette phrase sera toujours jouée en tutti (ensemble de l’effectif). « Voici le printemps » nous dit Vivaldi… On ne peut plus explicite !
    • [0:37] « …que, gaiement, les oiseaux accueillent de leur chant. » : ce sont les violons solos qui sont sollicités cette fois : un premier oiseau chante, puis, un second le rejoint. Une écoute plus attentive permettrait d’identifier les différentes espèces d’oiseaux. A ce titre, la comparaison avec d’autres de ses concerti, le rossignol ou le chardonneret, pourrait s’avérer très intéressante.
    • [1:13] Mélodie du printemps.
    • [1:20] « Les sources, au souffle des zéphyrs, s’écoulent dans un doux murmure. » : la musique exprime une source qui jaillit, dans un mouvement « rond », sur laquelle vient se poser un vent léger (les violons). A comparer également avec un passage du Hor che’l ciel e la terra de Monteverdi.
    • [1:43] Mélodie
    • [1:50] La mélodie n’a qu’à peine le temps de s’achever que les vents menaçant et le tonnerre grondent « Revêtant le ciel d’un manteau noir, surviennent des éclairs et le tonnerre, tels des messagers. » Le violon soliste est utilisé cette fois pour illustrer les éclairs alors la contre-basse raisonne en tonnerre. Les violons se hâtent alors que les oiseaux se mettent à paniquer.
    • [2:15] Mélodie, toute en nuance, comme un peu craintive et saisie par les évènements qui viennent de se produire.
    • [2:23] Les oiseaux se calment et reprennent leurs chants, doucement. Nous sommes loin de l’unisson qui célébrait la venue du printemps ! « Puis, quand le calme revient, les oiseaux entonnent à nouveau leurs chants harmonieux. »
    • [2:41] Cette fois-ci c’est une mélodie aguerrie de l’expérience qui s’exprime. Elle est sage, beaucoup plus posée et un peu moins pétillante qu’au début. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’elle est empreinte d’un certain fatalisme.
    • [2:53] Toutefois, cela ne laisse pas les oiseaux indéfférents qui chantent à nouveau gaiement. C’est également l’occasion pour le soliste de briller une dernière fois.
    • [3:04] Mélodie finale.

    Le combat entre l’harmonie et l’invention a bien eu lieu…

     

    II. mouvement II : largo

    « Alors, dans les belles prairies fleuries,
    bercé par le bruissement des feuilles,
    le berger s’endort, son fidèle chien à ses côtés. »

    Tout est dit je crois. Quelle poésie ! Et prenons-nous au jeu : imaginons la scène. Le berge sommeille : la musique est lente et respire ; elle s’étire, s’attarde, baille presque. Elle l’empêche de se lever et il n’en a nullement envie. Le berger, avec un large chapeau en paille, est assis contre un arbre ou couché dans la prairie verte, mâchonnant une herbe. Il profite du temps ensoleillé, même s’il est encore un peu frais. Il vit et se sent vivre. Un vent léger le rafraîchit et emporte avec lui des pétales de fleurs. On croierait qu’il neige tellement il y en a. A ses côtés, son chien surveille le troupeau et aboie lorsqu’un des moutons s’en écarte (les deux notes régulières qui ponctuent tout le mouvement).

    Je l’envie…

     

    III. mouvement III : allegro

      »Au son joyeux de la musette champêtre,
    nymphes et berges dansent sous la voûte céleste
    car le printemps resplendit de tout son éclat. »

    Dès les premières mesures, le ton est donné. Comme souvent chez Vivaldi, le troisème mouvement est plutôt dansant. A la quiétude d’une longue sièste d’après-midi succèdent les réjouissances et les danses de fin d’après-midis encore claires, alors que les jours ralongent sensiblement.

    Ici, le tutti pourrait exprimer la liesse populaire et les farandoles, tandis que les violons attirent notre attention sur les nymphes qui dansent et soutillent, se tenant la main. Quelle élégance ! Quelle harmonie ! Mais… qu’entends-je [6:10] ? Le violon, là, qui joue en solo… ne serait-ce pas un berger qui a abusé du vin et qui titube ? Retour à la liesse. Et puis prenez-vous au jeu ! Fermer les yeux et imaginez-vous danser avec eux, heureux, sans vous soucier du lendemain !

    PATER J.-B.-J., Foire de Bezons, Metropolitan Museum of Art, New York

     

    Chef-d’oeuvres absolus, tantôt vulgarisés, tantôt vénérés, les Quatre Saisons méritent d’être dépoussiérées et réhabilitées. Le compositeur considérait ce recueil comme son testament. C’est assurément, aujourd’hui, ses oeuvres les plus populaires, à juste titre.

     

    Petite orientation discographique :

    • La version proposée ici est celle avec Amandine Beyer comme soliste, parue chez l’éditeur Zig-Zag Territoires (2008).
    • Une autre référence demeure celle de Fabio Biondi et de l’Europa galante, vivaldibiondi dans Printempsenregistrée en 1991. Pourtant, force est de constater qu’elle n’a pas pris une ride ! Un grand, très grand enregistrement que celui-ci ! (oubliez celui qu’il a enregistré chez Virgin où il « zappe » complètement la poétique de l’oeuvre). Chez Opus 111, plusieurs rééditions (ça vous évitera cette vilaine pochette kitche) disponibles à 8€ environ. On le trouve très facilement en seconde main également.
    • Ma version favorite demeure celle enregistrée par Carmignola et Marcon, vivaldicarmignola dans Vivaldichez Sony. Contrairement à l’album cité ci-devant, l’Italien s’attèle surtout à rendre la musique descriptive afin de mettre en valeur les sonnets. Splendide ! Réédité sous forme de coffret deux disques, à 13 €. L’autre version qu’il a enregistrée, fort bonne dans l’ensemble mais qui n’atteint pas, pour moi, la beauté de celle éditée chez Sony, a été rééditée chez Brilliant, avec deux autres disques, dans un coffret à prix tout petit.
    • Enfin, autre version intéressante : celle d’Alessandrini, un habitué du répertoire vivaldien.

     

    C’est presque malheureux qu’il me faut terminer cet article, frustré de ne pas avoir pu en dire davantage. L’analyse en profondeur de ces oeuvres, une réflexion plus globale sur les images choisies par le compositeur, la mise en parallèle avec des tableaux et des poèmes, voire des photos, voilà un projet que je nourris depuis longtemps ! Je ne le traîte ici que sporadiquement – hélas ! (je manque de temps également) – mais je gage que je serai amené à en reparler bientôt, le 21 juin au plus tard !

     

    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ English version ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

    primaveraAs it should be let us accomodate this first day of spring, with lightness, the grace, the delicacy and the cheerfulness which are his, even if I n’ see that gray clouds since my window. And what could be better than to celebrate it with l’ one of the most popular musics (popularized with excess, especially, even prostitutes!) from all times: spring d’ Antonio Vivaldi (rv 26). Let us listen, or listen again rather with a new ear, this chief-d’ work musical timeless, or almost.

    There are so many things to say that it’s difficult for me to know by where to start.

    Famous the Four seasons are the concerti which open its 8th opus (collection; 1725), Il cimento dell’armonico e dell’invenzione (I will devote micro article to this one day). Already, we stop a few moments on the title. All s’ there finds: the « fight », and same the « clash », between  » harmony » and  »invention » (or « genious ») , two not easily reconcilable terms. Vivaldi, recently enriched of his experiment of operas, knows well the sensitivities of the public and his waitings; he can make him feel the joy; to transcribe the sleep, the comfort, etc. And as if we were unable to include/understand his music (unless they are not the musicians who are requested of l’ to interpret correctly), Vivaldi joint lyrics to his four concerti, an invaluable help in order to seize the nuances of its music.

    Other notices important before to start analyzes itself, concerning the style of Venetian this time: the Baroque music is a music of contrasts. Those can s’ to illustrate various manners: slow/fast; serious/acute; soli (solo) /tutti (together of orchestrates), etc. Vivaldi goes, throughout its career, to adopt a structure for its concerti who he will not vary occasionally only: sharp (1st movement) – slow (2nd mvt) – sharp (3rd mvt). Within these movements, it will oppose the melody (in tutti) to soloist (the violin, generally).

    All that seems rather theoretical and not easily comprehensible. Let us try more closely to understand it by looking at its first concerto, the primavera, this succession of three tables.

     

    I. mouvement I : allegro

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    • [0:00] The first measurements (ta-ta ta-ta ta-ta-ta) are undoubtedly, no, most famous of the type-setter. It is the melody, identifying itself to spring and cheerfulness (or could assimilate them). This sentence will be always played in tutti (together of orchestrates). « Here ! the spring » we says Vivaldi… One cannot explicit any more!
    • [0:30] « …that, merrily, the birds accomodate of their chant. » : in fact the solo violins are requested this time: a first bird sings, then, a second joined it. A more attentive listening would allow to identify the various species of birds. For this reason, the comparison with others of his concerti, the nightingale or the goldfinch, could to prove very interesting.
    • [0:59] Spring’s Melody.
    • [1:05] « Sources, with the breath of the zephyrs, run out in a soft murmure. » : the music expresses a source which spouts out, in a « round » movement, on which comes to be posed a light wind (violins). [1:19]. To compare also with a extract of Hor che’l ciel e la terra by Monteverdi.
    • [1:27] Melody.
    • [1:32] The melody has only hardly time to be completed that the winds threatening and the thunder thunder « Covering the sky of a black coat, occur of the flashes and the thunder, such of the messengers ». The violin soloist is used this time to illustrate the flashes then the double bass reasons in thunder. The violins hasten whereas the birds start to panic [1:39].
    • [1:57] Melody, all in nuance, like a little apprehensive and seized by the events which have just occurred.
    • [2:03] The birds calm and take again their songs, gently. We are far from the unison which celebrated the arrival of spring! « Then, when the calm cost, the birds entonnent their harmonious songs again. »
    • [2:21] This time it is a melody aguerrie of the experiment which s’ express. It wise, is posed much and a little less semi-sparkling than at the beginning. One could even go until saying that it is impressed of a certain fatalism.
    • [2:30] However, that does not leave the birds indéfférents which sing again merrily.
    • [2:43] Final melody.

    The clash between the harmony and the invention took place well…

     

    II. mouvement II : largo

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    « Then, in the beautiful flowered meadows,
    rocked by the rustle the sheets,
    the shepherd falls asleep, his faithful dog to his sides. »

    All I am known as believe. What a poetry! And we with the play take: let us imagine the scene. The bank sommeille: the music is slow and breathes; it is stretched, delayed, bucket almost. It prevents it from rising and it n’ in desire has by no means. The shepherd, with a wide straw hat, sat against a tree or laid down in the green meadow, mâchonnant a grass. He benefits from shone upon time, even if he is still a little fresh. He saw and feels to live. A light wind refreshes it and carries with him petals of flowers. One croierait that it snows there so much of A. are its sides, its dog supervises the herd and barks when one of the sheep deviates some (two regular notes which punctuate all the movement).

    I envy him…

     

    III. mouvement III : allegro

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      »With the merry sound of the pastoral haversack,
    nymphs and banks dance under the vault of heaven
    because spring shines of all its glare. »

    As of the first measurements, the tone is given. As often at Vivaldi, the troisème movement is rather dancing. With quietude d’ a long nap of afternoon the rejoicings and the dances of end of still clear afternoons succeed, whereas the days lengthen appreciably.

    Here, tutti could to express jubilation popular and farandoles, while the violins draw our attention to the nymphs which dance and soutillent, being held the hand. What a elegance! What a harmony! But… what do I hear [1: 24]? The violin, there, which plays in solo… wouldn’t be a shepherd who misused the wine and which staggers? Return to the jubilation. And then you with the play take! To close the eyes and imagine you to dance with them, happy, without you to trouble about the following day!

    PATER J.-B.-J., Foire de Bezons, Metropolitan Museum of Art, New York

     

    Chief-of works absolutes, sometimes popularized, sometimes venerated, the Four Seasons deserve to be vacuum-cleaned and rehabilitated. The type-setter regarded this collection as his will. It is undoubtedly, now, its most popular works, rightly.

     

    Small orientation discographic :

    • The version proposed here is that of Fabio vivaldicarmignolaBiondi and Europa galante, recorded in 1991! However, force is to note that it did not take a wrinkle! Great, very great recording that this one! 
    • My favorite version remains that recorded by Carmignola and Marcon, at Sony.

     

    I am almost unhappy which should me be finished this article, frustrated not to have been able to say some more. In-depth analysis of these works, a more total reflexion on the images chosen by the type-setter, the parallelization with tables and poems, even of the photographs, here is a project that I nourished for a long time! I treated it here only sporadically – alas! (I lack of time also) – but I guarantee that I will be brought to speak again about it soon, on June 21 at the latest!

     




    Anniversaire de la naissance d’Antonio Vivaldi

    4032008

    Il y a exactement 330 années, le 4 mars 1678, deux phénomènes, surnaturels pourrait-on dire, se produisirent à Venise. Anniversaire de la naissance d'Antonio Vivaldi dans Musique vivaldi1Immanquablement, Dieu en avait décidé ainsi ! La nuit durant, la Sérénissime fut secouée d’un tremblement de terre. Au même moment, un enfant prodige vint au monde : Antonio Lucio Vivaldi. La sage femme qui en était chargée pensa nécessaire de procéder à son baptême sur-le-champ. Comprenons-la : le pauvre enfant était tellement frêle qu’elle ne pouvait attendre. Qu’elle soit remerciée de ce geste ! Elle sauva la vie à l’un des compositeurs les plus populaires et les plus productifs de tous les temps.

    Cet évènement rare, le tremblement de terre, pourrait servir à définir la musique du Prêtre Roux : tempête, éclairs, vents tourbillonnant et mer déchaînée (un thème récurrent chez le musicien).

    D’ailleurs, voici la « Tempesta di mare » (Op. 8 ) dirigée par Fabio Biondi et son Europa galante :

    Image de prévisualisation YouTube




    L’Edition Vivaldi : nouveautés (video)

    16022008

    [important!] Pour ceux qui s’égarent ici à la recherche du dernier disque de l’Edition Vivaldi de Naïve, cliquez sur « Vivaldi » dans les catégories à droite. Vous aurez plus de change de le retrouver là que de sur cette page qui date de février 2008 !

    La maison de disques Naïve/Opus 111 poursuit son Edition Vivaldi. Beau projet que celui-là, rappelons-le : enregistrer les quelques 450 manuscrits autographes (sur les 800 partitions répertoriées) conservés à la Bibliothèque Nationale du Piémont ! L’entreprise commença en 2000 (tout un symbole) pour, d’après l’éditeur, s’achever en 2015, avec « plus de 100 disques ».

    Arrêtons-nous quelques instants et faisons un bref calcul : 100 (disques) divisé par 15 (ans), ça fait 6,66666666…. soit un peu plus de six disques par an. Hélas, force est de constater que nous en sommes très loin ! (Nous ne sommes qu’au 29e titres après sept ans d’exploitation… et 420 000 exemplaires vendus, comme le précise la vidéo ci-jointe). L’an dernier, nous avions eu droit à quatre opus (dans l’ensemble tous fort bons !)… cette année, trois semblent prévus pour le moment (sans doute que le Stabat Mater/Nisi dominus avec le plateau de super-stars Spinosi-Lemieux-Jaroussky fait-il partie du « quota Vivaldi » dans le calendrier éditorial de Naïve) :

    - Les Arie ritrovate : une sélection d’airs alternatifs aux opéras La verità in cimento, Tito Manlio, Orlando furioso, L'Edition Vivaldi : nouveautés (video) dans Musique 0709861304431Scanderbeg et Teuzzone (pour la majorité déjà tous enregistrés) : la comparaison entre les différents versions composées par Vivaldi pourrait être fort intéressante. J’ai déjà eu le plaisir d’entendre quelques extraits de ce récital donné au Festival Saint-Michel (-en-Thiérache, Nord de la France) en juin dernier, et ça n’augure que du bon ! Evidemment, je ne suis pas des plus objectifs puisque j’apprécie beaucoup l’interprétation de Dantone (et son Accademia bizantina) et suis un inconditionnel de Sonia Prina pour sa « couleur » vocale et son timbre (pour plus d’infos, je vous renvoie au blog Alma Oppresa qui dresse un portrait de cette « Freddie Mercury du baroque » (sic) !). Petit jeu après l’écoute du disque : trouver le rapport entre la pochette et une des arie ! Bonne chance ! Date de sortie prévue : 19 février 2008.

    - Concerti per violoncello II : heureuse surprise que ce deuxième volume, avec la même équipe que le précédent, sorti l’an dernier : Christophe Coin et Il Gardino Armonico. A ceux que la pochette de l’an dernier avait intrigué en se demandant « mais à quoi peut bien ressembler cette demoiselle de dos ? », ils vont avoir la réponse : pour le second volume de ces concerti pour violoncelle, nous avons droit au « recto » ! … le verso était quand même pas mal !

    - La Fida Ninfa (opéra) : après l’avoir déjà un peu rodé voici quelques années, Spinosi et son Ensemble Matheus remonte l’opéra (inédit au disque) La Fida Ninfa avec un plateau assez impressionnant : Sandrine Piau, Sara Mingardo, Philippe Jaroussky, Veronica Cangemi, Stefano Ferrari et Lorenzo Regazzo ! Après une série de représentations (dont Bruxelles le 20 avril, où je répondrai présent), l’équipe enregistre le disque en mai. Je suis heureux qu’un tel « rodage » ait lieu et sur plusieurs années. Les interprêtes ont le temps de s’impreigner à leur aise de la partition et de prendre du recul. Exit les « écarts » entre le disque et les concerts qui suivent (d’un niveau nettement supérieur) comme le Tito Manlio de Dantone dont le disque est, je trouve, assez « sec » alors que le concert, lui, démontrait une meilleure appropriation de l’oeuvre, avec un plateau, certes, différent (et un deuxième acte beau à pleurer). En somme, tout cela ne laisse présager qu’un bel augure ! Date de sortie prévue : septembre 2008.

    Comme nous l’observons, Naïve n’innove pas vraiment et ne se mouille pas non plus : l’éditeur reprend les mêmes ingrédients que ses précédents succès au disque et recommence. Si ça marche, on en redemandera ! Merci en tout à cette maison de disques pour ses projets aventureux comme cette belle réalisation vivaldienne ! Espérons toutefois qu’elle aille jusqu’au bout de son entreprise, contrairement aux Tesori di Napoli d’Antonio Florio et sa Cappella de’ Turchini dont les derniers enregistrements se retrouvent isolés de la collection, au nombre d’un disque par an (édité plus de six ans après leur enregistrement !)

    Et maintenant, assez parlé : voici le petit vidéo (1min42) de présentation des prochaines sorties de l’Edition dont la politique de marketing ressemble de plus en plus à celle de Virgin…

    Image de prévisualisation YouTube




    Découverte d’une oeuvre musicale (Vivaldi, Farnace)

    26012008

    Antonio VIVALDI :

    Aria :  »Gelido in ogni vena »

    Opéra Farnace (Acte II, scène 5)        

    English language version: half of page.

    Ecouter l’aria en intégralité
    dans la colonne de droite de cet excellent site http://humeurs.calende.org

     

    Je voudrais inaugurer cette nouvelle rubrique (« Découverte d’une oeuvre musicale ») par une œuvre qui me tient particulièrement à cœur. Il s’agit d’une aria de l’opéra Farnace d’Antonio Vivaldi, « Gelido in ogni vena ». Sans doute fait-elle partie des morceaux les plus émouvants – les plus bouleversants, pardon ! – que le prêtre roux ait composé. Farnace, roi dépossédé, demande à sa femme et son fils de se suicider afin que l’ennemi ne les capture. Vivaldi doit ici mettre en musique la douleur d’un père devant l’horreur de son acte. Et quelle émotion !? Voyons comment opère le compositeur.

    D’abord, les premières notes nous apparaissent familières. Elles nous évoquent les premières mesures de « L’hiver ». Un hasard ? Non, nous nous en serions doutés. Vivaldi, homme de spectacle - nous ne le rappellerons jamais assez – sait que ces notes ont le pouvoir de créer chez l’auditeur une sensation de malaise, voire une atmosphère dramatique, en dehors de l’évocation du gel dans son « hiver ». Et combien de fois ne les a-t-il pas recyclé ces notes ? Une bonne dizaine de fois au moins. Du coup, dès l’introduction, nous sommes fixé sur la tragédie de l’air. Mais le Vénitien n’oublie pas complètement son « hiver » et l’agressivité du gel : « Gelido in ogni vena scorrer mi sento il sangue » [Dans mes veines, je sens couler le sang gelé]. Une coïncidence ? Certainement pas ! Le procédé est simple et, pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de trouver l’effet remarquable. Quelques notes, lentes et répétitives. Il ne s’agit pas d’une simple illustration musicale du sang gelé évoqué par le texte. Chaque note aiguë est suivie d’une descente qui évoque la douleur, le poids que support l’homme sur ses épaules et dans son cœur, surtout. Ce mouvement incessant de va-et-vient illustre un Farnace seul avec sa conscience. L’effet est saisissant : il hypnotise l’auditeur qui s’imagine le chanteur regardant ses mains pleines de sang et chancellant, voire haletant.

    Au chanteur, à ce moment, d’apporter sa contribution : faire ressentir son chagrin et son horreur dans sa déclamation. Et à ce jeu, c’est Furio Zanasi qui emporte la palme. Ecoutons comme la douleur l’a envahi : il articule à peine, horrifié par son acte (avec un m’ingombra di terror qui le répugne presque). Vivaldi le fait insister par des vocalises sur le esangue. L’interprète, lui, s’en sert pour pleurer.

    Après avoir répété ce thème une deuxième fois (c’est le principe des arie da capo), un autre thème surgit, comme pour marquer une pause dans cette souffrance : c’est la raison qui l’a rattrapé (« Je crois avoir été cruel »). Mais cet instant de lucidité est rapidement dissipé par son désespoir. L’apothéose émotionnelle est atteinte lorsque le chanteur reprend une quatrième fois le thème premier : le esangue raisonne comme un coup de poignard. Il peine d’ailleurs à achever le couplet. Les dernières notes se meurent quelques secondes plus tard, comme décomposées, étouffées, prêtant même à penser que Farnace en a fini avec lui-même.

    Rarement j’ai observé une telle symbiose entre la partition et les interprètes (la direction musicale de Jordi Savall et le chant de Furio Zanasi). L’émotion et la sobriété en sont exemplaires et il faudrait avoir un cœur de pierre pour rester insensible à ce cris de désespoir et de dégoût envers soi-même.

     

    Paroles :

    Gelido in ogni vena                      Je sens couler dans mes veines
    scorrer mi sento il sangue,           un sang gelé,
    l’ombra del figlio esangue            l’ombre d’un fils exsangue
    m’ingombra di terror.                  m’emplit de terreur.
    E per maggior pia pena,              Et pour ma plus grande peine,
    credo che fui crudele                   je crois avoir été cruel
    a un’anima innocente,                  avec une âme innocente,
    al core del mio cor.                     le cœur de mon cœur.

     

    Découverte d'une oeuvre musicale (Vivaldi, Farnace) dans Musique 216GY9ETFVL._AA130_

     L’extrait présenté ici provient de :

    Antonio VIVALDI (et Francesco CORSELLI )

    Farnace

    Jordi Savall (direction), Le Concert des Nations. Avec Furio Zanasi, Sara Mingardo, Sonia Prina, Adrianna Fernandez, Fulvio Bettini, etc.

    Site officiel

    Deux autres versions sont disponibles sur la toile, mais elles ne valent pas celle de Furio Zanasi :

    * Cécilia Bartoli

    * Lorenzo Regazzo

     

    A noter que d’autres articles reviendront sur la musique baroque, Vivaldi, l’aria da capo, Farnace ou encore Furio Zanasi. Mais un peu de patience ! ;-)

     

     

    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ English version ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

     

    Antonio VIVALDI :

    Aria :  »Gelido in ogni vena »

    Farnace Opera (Act II, scene 5)

    Listen to this air in integrality
    in the column of right-hand side of this excellent http://humeurs.calende.org site

     

    I would like to inaugurate this new heading (« Discovery of a musical work ») by a work which particularly holds me with heart. It is about an aria of the opera Farnace by Antonio Vivaldi, “Gelido in ogni vena”. Undoubtedly forms it part of the pieces more moving – more upsetting, forgiveness! – that the red-headed priest composed. Farnace, dispossessed king, request with his wife and her son to commit suicide so that l’ enemy does not capture them. Vivaldi must put here in music the pain of a father in front of the horror of his act. And which emotion!? Let us see how the type-setter operates.

    Initially, the first notes appear familiar to us. They evoke us the first measurements of “the winter”. A chance? Not, we would have suspected it. Vivaldi, man of spectacle – we will never point out it enough – knows that these notes have the capacity to create at the listener a feeling of faintness, even a dramatic atmosphere, apart from the evocation of freezing in its “winter”. And how much time didn’t it recycle them these notes? Good ten time at least. Blow, as of the introduction, we are fixed on the tragedy of the air. But the Venetian one does not forget its “winter completely” and the aggressiveness of freezing: “Gelido in ogni vena scorrer mi sento il sangue” [In my veins, I feel to run cold blood]. A coincidence? Certainly not! The process is simple and, however, we cannot prevent ourselves from finding the effect remarkable. Some notes, slow and repetitive. It is not a question of a simple musical illustration of the cold blood evoked by the text. Each acute note is followed of a descent which evokes the pain, the weight that support l’ man on his shoulders and in its heart, especially. This ceaseless movement of to and from illustrates Farnace alone with its conscience. The effect is seizing: it hypnotizes the listener who thinks the singer looking at his hands full with blood and staggering, even suffocating.

    With the singer, at this time, to contribute its share: to make feel its sorrow and its horror in its declamation. And with this play, it is Furio Zanasi which carries the palm. Let us listen as the pain invaded it: it hardly articulates, horrified by its act (with di terror will ingombra me which is repugnant to it almost). Vivaldi makes it insist by singing exercises on the esangue. The interpreter, it, make use of it to cry.

    After having repeated this topic second once (it is the principle of the arie da capo), another topic emerges, like marking a pause in this suffering: it is the reason which caught up with it (“I believe to have been cruel”). But this moment of clearness is quickly dissipated by its despair. The emotional apotheosis is reached when the singer takes again fourth once the topic first: the esangue reasons like a stab. Besides he pains to complete the verse. The last notes die a few seconds later, as broken up, choked, lending even to think that Farnace finished some with itself. Seldom I observed such a symbiosis between the partition and the interpreters (musical direction of Jordi Savall and song of Furio Zanasi). The emotion and sobriety are exemplary and there would be necessary to have a stony heart to remain insensitive to this cries of despair and dislike towards oneself.

     

    Lyrics:

    Gelido in ogni vena                      I feel to run in my veins
    scorrer mi sento il sangue,           a cold blood,
    l’ombra del figlio esangue            the bloodless son’s shadow
    m’ingombra di terror.                  fills me of terror.
    E per maggior pia pena,              And for my greater sorrow,
    credo che fui crudele                   I believe to have been cruel
    a un’anima innocente,                  to an innocent heart,
    al core del mio cor.                     the heart of my heart.

     

    Extract presented here comes from :

    216GY9ETFVL._AA130_ dans VivaldiAntonio VIVALDI (and Francesco CORSELLI )

    Farnace

    Jordi Savall (direction), Le Concert des Nations. Avec Furio Zanasi, Sara Mingardo, Sonia Prina, Adrianna Fernandez, Fulvio Bettini, etc.

    Officiel Site

    Two other versions are available on the web, but they are not worth that of Furio Zanasi  :

    * Cécilia Bartoli

    * Lorenzo Regazzo

     

    It should be noted that other articles will speak again of the Baroque music, Vivaldi, arie da capo, Farnace or Furio Zanasi. But a little patience! ;-)







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