Moments

13062011

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Quelques éclaircies dans un après-midi tantôt gris, tantôt pluvieux. Les maisons à Bruxelles se confondent avec le ciel. Atmosphère particulière. Je ne sais pas expliquer pourquoi. Le temps passe très lentement et l’impression d’avoir vécu deux journées en une seule me saisit. La fatigue ne doit pas y être étrangère.

La musique de Vivaldi (encore) scande cette journée, comme les antiennes d’une messe. Consécration ou présentation de l’hostie en est l’apothéose, par l’acquisition d’un livre sur… Vivaldi (encore !), aux éditions Fayard.

La musicologue Sylvie Mamy a achevé une belle synthèse sur le compositeur, tenant compte des dernières recherches sur le sujet.

Déjà, la couverture intrigue : un nouveau portait du compositeur ? Puisque la célèbre peinture de Sienne n’est toujours pas authentifiée, pourquoi ne pas utiliser le portrait d’un anonyme, prêtre et compositeur ? Non, ça n’est certainement pas Vivaldi sur cette illustration ; ça signifie simplement que son visage a changé et que beaucoup d’hypothèses restent ouvertes !

 

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En effet, en vingt ans, un nouveau Vivaldi est apparu : d’instrumentiste, il est devenu impresario de ses propres opéras, pédagogue et compositeur de musique sacrée (la plus belle partie – peut-être la plus personnelle – de son œuvre) ; le couple Venise-Vivaldi s’est dissipé : la première ne l’a jamais aimé mais l’étouffait ; le second fuyait sa ville natale.

Autant dire que l’enthousiasme m’a envahi : j’y déguste chaque mot, conscient qu’un tel type d’ouvrage ne verra plus le jour avant plusieurs années (j’étais moi-même étonné de cette publication).

Venise se rapproche, lentement, à travers Vivaldi, sa musique et la fascination qu’il exerce sur moi. A moins que ça ne soit l’inverse…

J-2




Vivaldi – Armida al campo d’Egitto

11042010

Vivaldi - Armida al campo d'Egitto dans Baroque vivaldiarmidaalessandrininaiveIl y a dix ans, Naïve se lançait dans le pari assez fou d’exhumer les fonds Foà et Giordano de la Bibliothèque nationale de Turin, rassemblant une bonne partie de la production vivaldienne sous forme manuscrite et en partie inédite. L’Armida est le dixième opéra de l’Edition Vivaldi.

L’œuvre clôt la première phase la production d’opéras du prêtre roux et est représentée au carnaval de 1718, à Venise. Le succès fut tel que le compositeur la repris pour ouvrir la saison du Teatro Archiducale de Mantoue où l’opus fut à l’affiche pendant plus d’un mois. Quelques arie en furent même extraites afin de séduire le difficile public romain dans l’Ercole sul Termodonte. L’opéra sera même repris quelques années à peine avant le départ de Vivaldi pour Vienne. C’est dire si l’œuvre séduisait le public.

L’Armida tranche significativement avec l’ensemble de la production opératique du Vénitien : d’abord, l’effectif est réduit aux seules cordes, à quelques arie près, alors que nous sommes habitués à une instrumentation plus variée ; ensuite – et c’est lié au point précédent – nous sommes face à une écriture plus sage, moins exubérante et, disons-le, plus simple. Il faut dire que Vivaldi n’a non plus pas encore à devoir rivaliser avec l’opéra napolitain. Cet opus est donc un peu plus « vénitien », par les remarques précitées. L’héroïne de La Jérusalem délivrée du Tasse en est le sujet, traité de manière plutôt légère et affranchie de la tragédie originale. Exit donc les personnages aussi emblématiques que Roland, Renaud ou Tancrède, à peine évoqués.

Alors, que dire de cet enregistrement ? Pas mauvais mais pas passionnant non plus. À vrai dire, on s’ennuie un peu. On rêve quand on lit le sujet ; on désenchante devant la légèreté de son traitement et la longueur des récitatifs. Mais passons. Rinaldo Alessandrini prend ici le parti de l’ « historiquement le plus juste possible » (à savoir un effectif très réduit en raison de l’étroitesse de la salle du Teatro San Moisè dans laquelle l’opéra fut joué à Venise), quitte à perdre un peu en densité sonore. Quoique… elle semble bien présente à certains moments. C’est plutôt la sagesse du chef qui déçoit. Vivaldi, ce n’est pas que des attaques ou de la dextérité ; c’est aussi de la poésie et des subtilités mélodiques. Où sont-elles ? Certes, il y en a et certains artistes tels Sara Mingardo n’ont plus à démontrer leur talent dans le domaine mais elles demeurent trop rares chez les chanteurs et surtout dans l’orchestre. La subtilité ne doit pas être synonyme de sagesse artistique. Certains récitatifs sont aussi trop rapides. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les extraits d’Armida du récital de Lorenzo Regazzo (dirigé par Alessandrini ; vol. 30 de l’Edition Vivaldi – extrait ci-dessus) à ceux de cet opus. L’orchestration manque d’engagement et de dynamisme.

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Quant aux voix, elles sont belles mais le manque d’implication de certains artistes déçoit également. Où est passée l’expressivité de Furio Zanasi ? La grandeur naturelle de son personnage interpelle à chacune de ses interventions, mais l’artiste demeure trop distant de l’action. Malheureusement, la prise de son n’aide pas non plus les artistes à s’affirmer par rapport à la musique. L’extrait suivant l’illustre assez bien :

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Quand je disais pas franchement mauvais (et on peut même souligner le travail convainquant du chef pour reconstituer la musique perdue du deuxième acte) mais pas vraiment passionnant…

Ce nouveau volume est le seul qui déçoit de manière significative depuis quelques années. Et gageons que le prochain volume de l’édition, consacré aux concerti per fagotto, nous fera oublier cette déception. Les premiers extraits disponibles sur le site de l’éditeur sont prometteurs. Fixons-nous donc rendez-vous le mois prochain pour l’écouter ensemble.

 

Vidéo de promotion de l’opéra

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Un Vivaldi enflammé

6122009

Aujourd’hui, je me suis délecté avec Ercole sul Termodonte capté par la radio polonaise en janvier dernier. La direction de cet opéra de Vivaldi est le travail de Fabio Biondi et de son Europa Galante, des artistes dont je ne louerai jamais assez le talent. Une bonne partie de cette captation « live » est disponible ici. Ils nous avaient éblouis avec Bajazet, opéra composite à la fois du prêtre roux et d’autres Vénitiens. Cet Ercole sul Termodonte est annoncé au label Virgin, avec une distribution assez différente de celle que je vous propose. Il faut bien que ce label mette sous les feux de la rampe ses « stars », quitte à altérer la qualité de l’interprétation… nous verrons bien. Pour ma part, je suis conquis par cette version provisoire. Je viens de l’écouter en boucle, à trois reprises. Voici un air interprété par Philippe Jaroussky :

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Je ne m’étendrai pas davantage dans ce billet. Je tenais surtout à vous faire partager une autre vidéo réellement passionnante. Il s’agit d’arie d’opéra du même Vénitien, interprétés par Vivica Génaux, chanteuse à l’immense talent. Elle le démontre une nouvelle fois avec la sortie de son nouveau disque au titre plutôt aguicheur, Pyrotechnics. Qui sait ? Peut-être que le public d’Auchan s’y intéressera… En tout cas, ne boudons pas notre plaisir. Je vous laisse vous délecter, à votre tour.

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Nouvelles découvertes du répertoire vivaldien

16022009

Nouvelles découvertes du répertoire vivaldien dans Musique newsdiscoveries L’éditeur Naïve/Opus111 signe ici un volume « extra » de la fameuse Edition Vivaldi, un peu étrangement intitulé « News discoveries » (peut-être plus vendeur en anglais qu’en italien). Il peut être fier de son dernière bébé, tellement il sonne bien. Federico Maria Sardelli aux commandes enchante et fleurit une nouvelle fois l’écriture vivaldienne comme il sait si bien le faire. Il n’y a qu’à voir le personnage pour se rendre compte à quel point ce chef est un véritable artiste (une sorte de Dali), passionné du Vénitien et bien décidé à lui redonner ce qui lui beaucoup d’autres oublient : une âme et une grâce, et non une succession de notes où les interprétations « pyrotechniques » rivalisent d’extravagance. Moins électrique que l’Ensemble Matheus (il est difficile de rivaliser avec eux dans ce domaine, surtout quand ils veulent à tout prix « mettre de le feu » [quand on parle de pyrotechnique] aux Victoires de la Musique (sic)) mais pas moins énergique, plus subtil et rond que l’Accademia Bizantina de Dantone, plus poétique que Fabio Biondi à ses meilleurs heures (bien que Sardelli s’avère un rien rapide dans les mouvements lents), c’est un véritable régal que d’entendre Vivaldi ainsi joué !

La sélection des oeuvres ici réunie est tout à fait suggestive et hétéroclite : aucun lien n’unit ces pièces, sinon leur découverte récente qui remonte tout au plus à un an et demi. Elles font partie des suppléments du célèbre catalogue de Ryom Peter. Voyons-y plutôt un joli pot-pourri de compositions inédites qui témoignent de la diversité de l’oeuvre du prêtre roux : deux arie d’opéra, un concerto pour deux violons et violoncelle [variante du RV 578 (ndlr)], un autre pour hautbois, trois sonates (une pour flûte, deux pour violon) et un motet (Vos invito).

Conquis est bien le mot à employer ici. Voilà longtemps qu’un disque de Vivaldi et de cette édition ne nous avait plus autant emballé. La sonate pour flûte faisant un peu exception à notre sens (à comparer à celle pour violon), toutes les compositions ici regroupées sont très inspirées, surtout avec une Romina Basso absolument brillante et passionnante, même dans les phrasés où il serait aisé d’éluder l’expressivité au profit de la virtuosité. La voix est féminine et sensuelle ; le timbre chaleureux et doux. Un pur régal ! Surtout dans l’aria qui ouvre le disque (assurément un futur « tube » vivaldien) : Se lento ancora il fulmine, théâtral dès les premières mesures et enivrant.

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Les mêmes conclusions s’imposent pour le concerto pour hautbois : l’instrument se substitue à la voix humaine et nous entraîne dans une jolie performance soliste qui n’a rien à envier aux arie d’opéra. Et le motet dans tout ça ? Stupéfiant ! Sommes-nous encore à l’église ou dans un Teatro ? Les deux mondes se confondent pour notre plus grand bonheur.

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Vous l’aurez compris, c’est un Vivaldi théâtral que Federico Maria Sardelli met ici sous les feux de la rampe par des compositions inédites, tantôt religieuses, tantôt profanes ; vocales ou instrumentales. Comment ne pas attendre la suite avec impatience, après ces nouvelles découvertes ? Sardelli sous-entend qu’un prochain disque d’inédits récemment découverts durant l’enregistrement pourrait être prévu. Espérons que Romina Basso enregistre à l’avenir - on peut rêver - un album soliste dans la collection, sous la direction de Sardelli. En attendant, rendez-vous en mars avec Diego Fasolis, qui fait son entrée dans l’édition, avec « Il ballo », le troisième volume de concerti pour violon.

News Discoveries
Edition Vivaldi,
Federico M. Sardelli (dir.), Modo Antiquo
Romina Basso, alto
Paolo Pollastri, hautbois
Naïve 2009




L’estate

20062008

J’avais promis il y a trois mois que je continuerais l’exploration des Quatre saisons de Vivaldi. [Petite remarque en passant : il faudrait quand même que j'apprenne à parler d'autre chose que du Vénitien !] Poursuivons, donc, en ce premier jour d’été en illustrant le « texte » musical par quelques photographies de Toscane.

 

I. Allegro non molto

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  • [0:00] Dès les premières mesures, le tableau est dressé : les notes sont brèves et saccadées. Elles se trainent. Aucun doute n’est permis : le soleil brûle et la chaleur s’est installée. Et scène pastorale oblige, c’est du berge et de son troupeau qu’il est question. Ecoutez comme ils se languissent lorsque le violon amorcent les descentes [0:38]. Et pour complèter ce tableau, voici qu’un pin se consumme non loin de là. On imagine aisément le paysage : plus rien ne pousse, la terre est sèche et les derniers arbres, seuls endroits de repos éventuels à l’ombre, ont brûlé. Je ne peux m’empêcher d’imaginer un paysage toscan, tout jauni par le soleil.
  • [1:31] Soudain, le coucou, assis sur une branche déséchée, se met à chanter à tue-tête jusqu’à la répétition du motif [du coucou] en tutti [2:09]
  • [2:10] Reprise du motif principal, celui de la châleur accablante…
  • jusqu’à ce que la tourterelle gazouille, un peu perdue [2:28], pour être accompagnée par le chardonneret [2:58] ensuite.
  • [3:10] Bien vite, un « doux Zéphyr soupire » : le rythme s’accélère et le tutti reprend [3:24]. Ce n’est plus un simple petit vent, mais « Borée [qui] accourt, sans crier gare, le chahuter. »
  • [3:48] Motif principal
  • [4:05] « Et le berger pleure d’effroi car il redoute la fièvre de la tempête et le sort qui l’attend. » On ne peut plus explicite : le violon solo se lamente et pleurniche. En tendant bien l’oreille, vous vous apercevrez qu’il reprend même sa respiration [4:51] (c’est l’interprète qui donne cet effet).
  • Et lorsqu’il pense à son destin (la crainte de la tempête), il neut s’empêcher d’en être terrifié : c’est le tutti final. Comprenons-le : dans ce paysage idyllique, ses préoccupations peuvent nous sembler « basiques » mais elles nous renvoient surtout à notre état primaire, celui d’un homme soumis aux aléas du climat.

Arrivé à terme de ce premier mouvement, je ne peux m’empêcher de formuler quelques remarques. Contrairement au premier mouvement du printemps, le tutti ne sert pas à définir le motif principal, ici la chaleur accablante. Il sert davantage à souligner la fin du tableau décrit, par un déchaînement des éléments. Néanmoins, la mélodie s’oppose, comme dans le Printemps, aux violons solo : l’idée générale, le sentiment [j'y verrais ici le désemparement], s’opposent au détail descriptif [les oiseaux]. A noter également que vous devriez comparer le chant des différentes espèces d’oiseaux à ceux du printemps : vous saurez les identifier.

Toscane, juillet 2006

 

II. Adagio [jusque 2:49 !!!]

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Sur une musique encore plus lente que le mouvement précédent, voici la scène suivante : le repos du berger – « Le repos refusé à ses membres las ». C’est le violon solo qui l’incarne. Cela ne vous rappelle rien ? A nouveau, le parallèle avec le printemps est inévitable.

Après, quelques notes régulières ponctuent tout le mouvement. Alors que dans le Printemps il s’agissait du chien qui aboyait après le troupeau, ici ce sont des essaims de mouches qui pertubent le repos du berger et tournent autour des bêtes. Il n’y a pas d’air et le ciel est bas. Rien ne bouge. Une tempête d’été se prépare… le tonnerre gronde à l’horizon. Ce sont les trois tutti qui rythme le mouvement.

Toscane, juillet 2006

 

III. Presto

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  • [0:00] Ce qui devait arriver est bien là : la tempête éclate. Le tonnerre gronde et les pluies s’abattent. C’est le tutti, sur lequel les violons, les vents turbulents, viennent se fondre. La nature se déchaîne et les arbre sont secoués. [0:37] Une bourrasque récidive.
  • [0:44] La grêle tombe et vient « décapiter les épis [de blés] » : violon solo.
  • [0:59] Succèdent le vent et le tonnerre : c’est le tutti. Mais écoutez comme il est joué. Est-on effrayé comme au début ? Non, il y a une sorte d’harmonie qui s’en dégage, comme si nous contemplions un tableau qui, malgré la rudesse de la scène, nous semble beau. Il y a de la fascination pour cette scène de la part de Vivaldi.
  • [1:19] Et les grèles agressent à nouveau, impuissants que nous sommes.
  • [1:31] Les vents ravagent le paysage une nouvelle fois.
  • [1:45] Un moment de répis ?
  • [1:49] Pas du tout : la tempête reprend de plus belle. Vents, tonnerre et grêle se succèdent en feu d’artifice. Une bourrasque vient mettre un point final à ce choas.

Que dire ? Magique. Théâtral.

On sent une certaine familiarité avec le printemps : les oiseaux, le tonnerre, le repos du berger. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’y trouver une différence fondamentale : alors que dans le printemps, l’homme profite des bienfaits de la nature et y prend place en tant qu’acteur à part entière, dans l’automne, au contraire, il est plutôt un spectateur impuissant, condamné à regarder les éléments se déchaîner contre lui. En cela, comme nous le verrons, le printemps peut être associé à l’automne, et l’été à l’hiver.

Toscane, juillet 2006

Texte

Sotto dura Staggion dal Sole accesa            
Langue l’huom, langue ‘l gregge, ed arde il Pino;  
Scioglie il Cucco la Voce, e tosto intesa         
Canta la Tortorella e ‘l gardelino.                            

Zeffiro dolce Spira, mà contesa                              
Muove Borea improviso al Suo vicino;                    
E piange il Pastorel, perche sospesa                      
Teme fiera borasca, e ‘l suo destino;                      

Toglie alle membra lasse il Suo riposo                
Il timore de’ Lampi, e tuoni fieri                          
E de mosche, e mossoni il Stuol furioso.             

Ah che pur troppo i Suo timor Son veri              
Tuona e fulmina il Ciel e grandioso                      
Tronca il capo alle Spiche e a’ grani alteri.          

 En français…

Durant la rude saison du soleil brûlant,
Se languit l’homme, son troupeau, et se consumme le pin;
Le coucou élève la voix, et à l’unisson
Chantent la tourterelle et le chardonneret.

Un doux Zéephyr soupire, mais soudain
Borée, sans crier gare, accourt le chahuter.
Et le berger pleure d’effroi
Car il redoute la fièvre de la tempête et le sort cruel qui l’attend.

Le repos refusé à ses membres las
Il craint la foudre et le tonnerre furieux
Et les essaims ravageurs de mouches qui tournoient.

Hélas ! Ses craintes ne sont que trop fondées !
Le ciel tonne et fulmine, et la grêle
Décapite les épis, fauche les moissons hautes.







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