Un Vivaldi enflammé

6122009

Aujourd’hui, je me suis délecté avec Ercole sul Termodonte capté par la radio polonaise en janvier dernier. La direction de cet opéra de Vivaldi est le travail de Fabio Biondi et de son Europa Galante, des artistes dont je ne louerai jamais assez le talent. Une bonne partie de cette captation « live » est disponible ici. Ils nous avaient éblouis avec Bajazet, opéra composite à la fois du prêtre roux et d’autres Vénitiens. Cet Ercole sul Termodonte est annoncé au label Virgin, avec une distribution assez différente de celle que je vous propose. Il faut bien que ce label mette sous les feux de la rampe ses « stars », quitte à altérer la qualité de l’interprétation… nous verrons bien. Pour ma part, je suis conquis par cette version provisoire. Je viens de l’écouter en boucle, à trois reprises. Voici un air interprété par Philippe Jaroussky :

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Je ne m’étendrai pas davantage dans ce billet. Je tenais surtout à vous faire partager une autre vidéo réellement passionnante. Il s’agit d’arie d’opéra du même Vénitien, interprétés par Vivica Génaux, chanteuse à l’immense talent. Elle le démontre une nouvelle fois avec la sortie de son nouveau disque au titre plutôt aguicheur, Pyrotechnics. Qui sait ? Peut-être que le public d’Auchan s’y intéressera… En tout cas, ne boudons pas notre plaisir. Je vous laisse vous délecter, à votre tour.

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Debussy : inédits par… Hervé Niquet

26112009

Debussy : inédits par… Hervé Niquet dans Musique glossaJ’ai hésité avant de vous parler de cette sortie discographique. Ce répertoire est totalement neuf pour moi et je me disais que d’autres sites parleraient de ce petit « évènement ». Hélas, il n’y a guère qu’un seul site qui ne s’en est fait l’écho… la preuve peut-être que la toile n’est pas prête encore à remplacer sérieusement les grandes machines que sont les magazines spécialisées (qui se réduisent, réduisent, réduisent…) ou que personne n’ose se prononcer sur cet enregistrement. Il ne me reste plus qu’à prendre – bien modestement – le clavier.

Hervé Niquet demeure un des chefs les plus passionnants de ces dernières années. Evidemment, il ne fait pas l’unanimité : tempi trop rapides pour certains, manque de synchronisation pour d’autres, lectures parfois brouillonnes encore. Voilà ce qu’on peut lire ou entendre parfois. Ces critiques ne sont pas fausses mais le chef privilégie la spontanéité. Une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent : la Salle Henry Le Bœuf était à moitié vide passé l’entracte du concert des Watermusics de Haendel l’an dernier au Bozar (Bruxelles) ; au même endroit, cette année, à l’issue du concert d’Andromaque de Grétry (lien), on entendait aussi bien des louanges que des critiques acerbes sur la qualité de l’œuvre et des interprètes. Je pense que beaucoup oublient qu’interpréter rime avec engagement et rigueur intellectuelle ; être entreprenant tout en restant prudent, mais pas frileux ou rigide.

Rendons à César ce qui est à César… et à Dieu ce qui est à Dieu aussi : ses disques de Purcell, ses Watermusics, ses Grands Motets de Lully, ses Charpentier, son Callirhoé de Destouches (pour moi, sa plus belle réussite), son Sémélé de Marin Marais et j’en passe sont en tous points remarquables. Hervé Niquet a l’audace d’explorer des répertoires totalement méconnus pour nous en livrer des versions qui font date. Evidemment, une telle entreprise n’a été possible qu’avec le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles.

Ensuite, saluons le travail de l’éditeur Glossa. Je m’enthousiasmais déjà lors de la sortie du Callirhoé. Trois ans plus tard, ils ne déçoivent pas. Ce concept de livre-CD demeure une superbe aventure : des articles écrits par des musicologues viennent compléter l’enregistrement pour un prix dérisoire. Je tiens une nouvelle fois à saluer cette initiative.

herveniquet1 dans MusiqueAbandonnant son Concert Spirituel pour quelques instants, le chef prend les commandes du Brussels Philharmonic (orchestre qui, comme son nom ne l’indique pas, est flamand… et oui, à Bruxelles plus qu’ailleurs dans le pays, tout est divisé en deux) pour nous livrer un disque consacré aux essais de Claude Debussy au Prix de Rome. L’objectif ? Explorer le répertoire français du prestigieux concours de composition,  jusqu’en 1930. Bien sûr, une telle initiative ne peut découler que d’un partenariat important : le Centre de Musique Romantique Française (Palazzetto Bru Zane) – pendant du CMBV ; l’éditeur Glossa (qui met à disposition sa « fameuse » collection de livres-disques et associe son seul orchestre symphonique, le Brussels Philharmonic) ; Hervé Niquet qui ne se lasse pas d’explorer la musique française qu’il considère comme un tout (lire son interview). A noter que ce n’est pas la première tentative du chef à explorer le répertoire post-baroque, puisqu’il avait été associé à la Beethoven Academie, hélas disparue en 2006, ou enregistré avec le Philharmonique de Monte-Carlo.

debussyAlors que dire de cet enregistrement ? Il m’a énormément plu et captivé. Les interprètes solistes sont honorables sans être exceptionnels, avouons-le mais la direction du chef français n’en est pas moins captivante (serait-ce un scoop ?). Cet enregistrement se laisse écouter avec intérêt, sans lasser car nous sommes saisis dès les premières mesures du Gladiateur jusqu’aux dernières de L’Enfant prodige. Une belle palette de compositions variées nous est proposée, d’autant que certaines sont les premières versions d’œuvres retravaillées ou réorchestrées par Debussy par la suite (Le printemps, L’Enfant prodigue), sans omettre les inédites. Hervé Niquet convainc par sa lecture et de son talent à comprendre des compositions aussi riches que variées, anciennes ou plus modernes. Quant aux articles, ils sont éclairants et aisés d’accès ; la mise sous projecteur d’un pan méconnu de Debussy, celui d’un homme qui subit l’influence de la musique allemande d’abord, qui doute et persévère ensuite, est fascinant ; elle nous permet d’apercevoir le processus de création de Debussy.

Ainsi, malgré la crise tant décriée du disque, Glossa et ses partenaires se lancent dans la courageuse entreprise d’explorer, en plusieurs volumes, la musique française du Prix de Rome. Le Palazzetto Bru Zane et Hervé Niquet portent avec la maison d’édition haut ce projet. Qu’ils poursuivent ainsi, je le leur souhaite et les applaudis à deux mains !

 

Claude Debussy et le Prix de Rome 

Brussels Philharmonic – the Orchestra of Flanders. dir. Hervé Niquet, Glossa, La Musique du prix de Rome, vol. 1, GES 922206-F




Andromaque de Grétry

4102009

La musique de la période prérévolutionnaire et révolutionnaire demeure peu explorée, aujourd’hui encore. Alors, c’est un évènement quand on en ressuscite une œuvre, pierre angulaire dans l’histoire de la musique, et, qui plus est, quand le livret n’est autre que celui de Racine… Le Centre de Musique Baroque de Versailles et le chef français Hervé Niquet ont relevés leurs manches pour présenter au public Andromaque de André-Erneste-Modeste Grétry les 18 et 19 octobre prochains… à Paris et à Bruxelles s’il vous plaît.

Andromaque de Grétry dans Musique gretryAndré-Erneste-Modeste Grétry est né à Liège en 1741, issu d’une famille de musiciens. Après des études en Italie, il s’installe à Paris en 1767 où il bénéficie quelques années plus tard du soutien de Marie-Antoinette. La Querelle des Bouffons continue à diviser la France en deux camps : le premier, favorable à l’opéra dit « sérieux » et aux tragédies lyriques, préconise un opéra en français où la musique s’efface devant le verbe et la musicalité naturelle de la langue réformée. le second est composé des partisans de la musique italienne et de sa « légèreté », aux airs faciles, peu prompte à faire réfléchir et à défendre la morale, d’après ses détracteurs. Cette dualité se concentre, à l’époque de Grétry, autour de Gluck, partisan d’une musique sérieuse, et de Piccinni, adepte de l’opéra napolitain.

Grétry, proche de la reine, voit naître l’opéra-comique et participe à sa diffusion. Ses premiers opéras-comiques lui confèrent rapidement l’adhésion du public, notamment pour la fibre sentimentale qui s’en dégage. Il est même considéré comme le compositeur le plus en vogue de la France prérévolutionnaire. Grimm le décrit de la façon suivante : « … il est jeune, il a l’air pâle, blême, souffrant, tourmenté, tous les symptômes d’un homme de génie. » Son succès ne se dément pas, même sous la Révolution, où il devient inspecteur des études au Conservatoire.

Son langage musical est moins complexe que celui de ses prédécesseurs ; il exacerbe les passions, approfondit l’expressivité des sentiments et diversifie la palette des ressorts émotifs de l’opéra-comique. Il va même jusqu’à établir quelques « motifs de réminiscence », dans son Richard Cœur de Lion, qui préfigurent les « affects » chers au XIXe siècle. Grétry, dans ses Mémoires, avoue avoir voulu « contenter tout le monde ». Par la facilité musicale de ses airs et l’expressivité qu’il préfigure, Grétry ouvre les portes du Romantisme.

http://www.sablesursarthe.net/festival2007/presse/photos/Le%20Concert%20Spirituel/slides/Herve%20Niquet%20profil.htmlL’œuvre, Andromaque, qui est jouée en ce mois d’octobre est basée sur l’œuvre éponyme de Jean Racine. Durant sa carrière, Grétry n’a composé que des opéras-comiques, à l’exception de cette tragédie, destinée à l’Académie royale de Musique. Elle offre une dimension nouvelle à la musique, par sa modernité préromantique et prérévolutionnaire.

A l’issue des deux représentations, l’opéra sera enregistré dès le lendemain au Palais des Beaux-Arts, pour les 80 ans de la Salle Henry Le Bœuf. Il paraîtra ensuite dans la collection de livres-cds initiée par les éditions Glossa. Hervé Niquet n’a eu de cesse de d’explorer le répertoire opératique français, avec, à son actif, Proserpine de Lully, Sémélé de Marais, Daphnis et Cholée de Boismortier, Médée de Charpentier, Callirhoé de Destouches… tous inédits au disque ou presque. Le drame et l’empressement submergeaient le spectateur ; Hervé Niquet a toujours fait preuve d’une connaissance très fine de la musique française et ses qualités ne sont plus à démontrer. Par cet évènement, Grétry sera – enfin – mis à l’honneur, d’autant que l’automne musical de Versailles lui consacre un cycle complet. Un évènement, donc.

Interview vidéo de Hervé Niquet à propos d’Andromaque :

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Revue de presse :

Le Soir :

http://www.lesoir.be/culture/musiques/2009-10-14/andromaque-ressuscitee-732509.shtml ;

La Libre Belgique :

http://www.lalibre.be/culture/scenes/article/536676/la-resurrection-d-andromaque.html

Liens utiles :

Hervé Niquet et le Concert spirituel : www.concertspirituel.com ;

Centre de Musique Baroque de Versailles : www.cmbv.com ;

Théâtre des Champs-Elysées : http://www.theatrechampselysees.fr/saison-detail.php?t=2&s=15 ;

Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) : http://www.bozar.be/activity.php?id=8528&selectiondate=2009-10-19 ;

 

groupe202006 dans Musique




CPE Bach : concerti pour clavier et orchestre, par M. Spányi

19082009

 

D’abord, il faut augmenter le volume des baffles et lancer les extraits… 

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Miklós Spányi est un artiste très prolifique, à en juger par le nombre impressionnant d’enregistrements parus. Vous ne le connaissez pas ? C’est normal. Il ne fait pas partie des « stars » produites par les impresari français (qui ont leurs qualités, ne le nions pas). Mais il lui manque la sur-médiatisation dont sont victimes certains artistes pour avoir une notoriété égale à son talent.
En fait, ce Hongrois, né à Budapest, a étudié au Koninklijk Vlaams Muziekconservatorium, à Anvers, auprès de Jos van Immerseel et au Hochschule für Music, à Munich, auprès de Hedwig Bilgram. S’il s’est fait remarquer, c’est pour l’intégrale (toujours en cours) de l’œuvre pour clavier de Carl Philip Emmanuel Bach qu’il enregistre pour le label suédois BIS. Encore une intégrale, me direz-vous ? Une magnifique intégrale, je répondrai.

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A vrai dire – et peut-être honte à moi – j’ai découvert un des volumes par le plus grand des hasards. J’avais été sublimé mais n’avais pas exploré les autres volumes. Douze mois ont passé et je retente l’aventure. Mon constat demeure inchangé : ces œuvres sont à la fois enjouées, belles et méditatives pour leurs parties solistes. 
C.P.E. Bach est, comme son père, un compositeur qui a laissé un corpus impressionnant. Il était surnommé le Bach de Berlin et de Hambourg. Son parrain n’était autre que Telemann. Un beau musicien, en somme. Nous ne nous étalerons pas une nouvelle fois sur la postérité malheureuse de certains compositeurs. Soulignons toutefois que Mozart et ses sublimes concerti pour clavier et orchestre n’est pas novice en le genre, comme on le pense souvent. C.P.E. Bach fut sans aucun doute son maître en la matière, maître de Haydn et de Beethoven, un compositeur dont la renommée de son vivant dépassait largement celle de son père, un trait d’union entre le baroque tardif (et son contre-point) et le style nouveau, classique, et l’école de Vienne. Dommage qu’il ne soit pas plus largement diffusé sur les ondes.

CPE Bach : concerti pour clavier et orchestre, par M. Spányi dans Musique dyn008_original_485_631_pjpeg_2625226_d7d558a408b29ef84ecd0d33d86bb52d
Aujourd’hui, l’enregistrement de l’intégrale en est à un peu plus que la moitié et déjà 22 volumes sont réalisés (une série dédiée aux concerti pour clavier ; une autre pour clavier et orchestre). Aucun ne fait défaut. Miklos Spányi, accompagné d’abord de l’ensemble Concerto armonico, de l’ensemble Opus X ensuite, explorent avec brio ce répertoire : pas de lassitude à l’écoute, pas de routine interprétative. Au contraire, chaque œuvre est abordée individuellement, pour ses qualités intrinsèques, et Spányi prend soin de rendre le propos vivant. Chaque disque est également l’occasion pour lui d’user d’un instrument différent, tantôt un clavicorde, tantôt un pianoforte ou piano à tangents, tous fabriqués par Joris Potvlieghe, artiste (c’est bien le mot) belge.

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Des intégrales aussi précieuses sont rares et le nombre de volumes pourrait donner le vertige, certes. Mais je ne peux que vous conseiller d’en écouter un seul et, vous verrez, vous finirez bien par acheter les autres.




Tous les chemins y mènent…

7042009

Tous les chemins y mènent... dans Histoire passeeJe m’étais permis de présenter, il y a peu, le blog d’une jeune expatriée en Angleterre, seule sur cette île en compagnie de ses geeks.

Permettez-moi de mettre cette fois sous les feux de la rampe un blog qui m’est cher. Non parce qu’il s’agit d’un ami (ce qui empêcherait tout esprit critique à son encontre), mais parce qu’ils possèdent des qualités certaines (le blog et l’ami, cette fois !).

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je suis tombé, par hasard sur l’ancienne version de ce blog, Jardinbaroque, il y a… deux ans. Cet endroit était devenu pour moi un havre de paix et de plaisir, l’invitation aussi à explorer des contrées dont j’étais peu familier. Passionné de musique baroque (ce n’est pas un scoop) que je suis, il m’a permis de découvrir, par exemple, des compositeurs ou des artistes que j’affectionne aujourd’hui particulièrement, en me guidant jusqu’au début du romantisme artistique. A tire d’exemple, la série Drung und sturm fut pour moi une réelle révélation! C’est ce qui est fascinant chez cet auteur : sa capacité à initier à de nouvelles matières tout en gardant l’érudition nécessaire. Et je ne parle pas du temps qu’il passe pour mener à bien ce projet !

Depuis peu, l’auteur a déménagé : il s’en est allé pour un endroit où il pouvait jouir de plus de libertés, son espace de stockage ayant été restreint, faute de « rentabilité » du blog. Aussi, si vous appréciez mes pages, courrez vers le blog Passée des arts sans plus tarder ! Vous allez adorer ! En plus de nouveaux billets, il en reposte d’anciens en les retravaillant. Bref, c’est l’occasion pour ceux qui décideraient de suivre cette aventure de reprendre tout depuis le début !

Tous en coeur : merci Jean-Christophe !







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