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Debussy : inédits par… Hervé Niquet

26112009

Debussy : inédits par… Hervé Niquet dans Musique glossaJ’ai hésité avant de vous parler de cette sortie discographique. Ce répertoire est totalement neuf pour moi et je me disais que d’autres sites parleraient de ce petit « évènement ». Hélas, il n’y a guère qu’un seul site qui ne s’en est fait l’écho… la preuve peut-être que la toile n’est pas prête encore à remplacer sérieusement les grandes machines que sont les magazines spécialisées (qui se réduisent, réduisent, réduisent…) ou que personne n’ose se prononcer sur cet enregistrement. Il ne me reste plus qu’à prendre – bien modestement – le clavier.

Hervé Niquet demeure un des chefs les plus passionnants de ces dernières années. Evidemment, il ne fait pas l’unanimité : tempi trop rapides pour certains, manque de synchronisation pour d’autres, lectures parfois brouillonnes encore. Voilà ce qu’on peut lire ou entendre parfois. Ces critiques ne sont pas fausses mais le chef privilégie la spontanéité. Une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent : la Salle Henry Le Bœuf était à moitié vide passé l’entracte du concert des Watermusics de Haendel l’an dernier au Bozar (Bruxelles) ; au même endroit, cette année, à l’issue du concert d’Andromaque de Grétry (lien), on entendait aussi bien des louanges que des critiques acerbes sur la qualité de l’œuvre et des interprètes. Je pense que beaucoup oublient qu’interpréter rime avec engagement et rigueur intellectuelle ; être entreprenant tout en restant prudent, mais pas frileux ou rigide.

Rendons à César ce qui est à César… et à Dieu ce qui est à Dieu aussi : ses disques de Purcell, ses Watermusics, ses Grands Motets de Lully, ses Charpentier, son Callirhoé de Destouches (pour moi, sa plus belle réussite), son Sémélé de Marin Marais et j’en passe sont en tous points remarquables. Hervé Niquet a l’audace d’explorer des répertoires totalement méconnus pour nous en livrer des versions qui font date. Evidemment, une telle entreprise n’a été possible qu’avec le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles.

Ensuite, saluons le travail de l’éditeur Glossa. Je m’enthousiasmais déjà lors de la sortie du Callirhoé. Trois ans plus tard, ils ne déçoivent pas. Ce concept de livre-CD demeure une superbe aventure : des articles écrits par des musicologues viennent compléter l’enregistrement pour un prix dérisoire. Je tiens une nouvelle fois à saluer cette initiative.

herveniquet1 dans MusiqueAbandonnant son Concert Spirituel pour quelques instants, le chef prend les commandes du Brussels Philharmonic (orchestre qui, comme son nom ne l’indique pas, est flamand… et oui, à Bruxelles plus qu’ailleurs dans le pays, tout est divisé en deux) pour nous livrer un disque consacré aux essais de Claude Debussy au Prix de Rome. L’objectif ? Explorer le répertoire français du prestigieux concours de composition,  jusqu’en 1930. Bien sûr, une telle initiative ne peut découler que d’un partenariat important : le Centre de Musique Romantique Française (Palazzetto Bru Zane) – pendant du CMBV ; l’éditeur Glossa (qui met à disposition sa « fameuse » collection de livres-disques et associe son seul orchestre symphonique, le Brussels Philharmonic) ; Hervé Niquet qui ne se lasse pas d’explorer la musique française qu’il considère comme un tout (lire son interview). A noter que ce n’est pas la première tentative du chef à explorer le répertoire post-baroque, puisqu’il avait été associé à la Beethoven Academie, hélas disparue en 2006, ou enregistré avec le Philharmonique de Monte-Carlo.

debussyAlors que dire de cet enregistrement ? Il m’a énormément plu et captivé. Les interprètes solistes sont honorables sans être exceptionnels, avouons-le mais la direction du chef français n’en est pas moins captivante (serait-ce un scoop ?). Cet enregistrement se laisse écouter avec intérêt, sans lasser car nous sommes saisis dès les premières mesures du Gladiateur jusqu’aux dernières de L’Enfant prodige. Une belle palette de compositions variées nous est proposée, d’autant que certaines sont les premières versions d’œuvres retravaillées ou réorchestrées par Debussy par la suite (Le printemps, L’Enfant prodigue), sans omettre les inédites. Hervé Niquet convainc par sa lecture et de son talent à comprendre des compositions aussi riches que variées, anciennes ou plus modernes. Quant aux articles, ils sont éclairants et aisés d’accès ; la mise sous projecteur d’un pan méconnu de Debussy, celui d’un homme qui subit l’influence de la musique allemande d’abord, qui doute et persévère ensuite, est fascinant ; elle nous permet d’apercevoir le processus de création de Debussy.

Ainsi, malgré la crise tant décriée du disque, Glossa et ses partenaires se lancent dans la courageuse entreprise d’explorer, en plusieurs volumes, la musique française du Prix de Rome. Le Palazzetto Bru Zane et Hervé Niquet portent avec la maison d’édition haut ce projet. Qu’ils poursuivent ainsi, je le leur souhaite et les applaudis à deux mains !

 

Claude Debussy et le Prix de Rome 

Brussels Philharmonic – the Orchestra of Flanders. dir. Hervé Niquet, Glossa, La Musique du prix de Rome, vol. 1, GES 922206-F




Titien. Le chant du cygne – Philippe Beaussant

1112009

Titien. Le chant du cygne – Philippe Beaussant dans Litterature titienbeaussantVoici un joli livre acquis il y a quelques jours à peine. Vous vous doutez bien, chers lecteurs, que si j’ai décidé d’y consacrer un billet, c’est qu’il ne peut me laisser indifférent.

Tout est dans le titre. Titien. Le chant du cygne. Tout le monde connaît ce peintre de génie (1490-1576), surtout pour les portraits des plus grands hommes de son temps qu’il a réalisés (Charles Quint à trois reprises, Philippe II, Paul III…). C’est dire s’il en faisait partie lui-même.

La légende raconte que les cygnes, sentant la mort approcher, se mettent à pousser un cri des plus plaintifs qui soient… Dans le cas du Titien, le vieux peintre abandonne l’idéal renaissant – la ligne claire, le réalisme, l’équilibre ou la suspension du geste pour l’éternité – au profit d’un langage qui lui est propre : une impression d’inachevé se dégage de ses œuvres – ce sera là une critique de l’Arétin lorsqu’il découvrira son portrait –, les corps sont comme décharnés, quelques traits matérialisent les velours, les visages ou les paysages… Une véritable révolution s’opère alors, en rupture avec ce qu’on avait pu voir jusqu’alors. Pourquoi ? C’est ce que tente de découvrir Philippe Beaussant, à sa manière, bien sûr.

charlestitien dans PeintureL’auteur est sans aucun doute connu d’une bonne partie des lecteurs qui fréquentent ces lieux. Je me permets de le présenter en quelques lignes, pour rappel et pour expliquer aux autres. Philippe Beausant a été conseiller artistique du Centre de musique baroque de Versailles de 1988 à 1995 et directeur du Théâtre baroque de France de 1994 à 1997. Il demeure un des acteurs principaux de la redécouverte de la musique du XVIIe siècle en France. Romancier et spécialiste de l’esthétique baroque, Philippe Beaussant, par la clarté de son langage et en véritable érudit, nous a livré des ouvrages de qualité (biographies de Lully, Couperin…) et quelques-uns des essais les plus riches sur l’histoire culturelle italienne et française des XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles. Citons-en quelques-uns que je recommande avec insistance : Vous avez dit baroque ? (Actes Sud, 1993), Louis XIV artiste (Fayard, 1999), Le Chant d’Orphée selon Monteverdi (Fayard, 2002), Passages. De la Renaissance au Baroque (Fayard, 2006).

titienCet essai-ci ne déroge pas à la règle. L’érudition est bien présente, à chaque mot, chaque phrase, chaque page… L’aisance de son style et le naturel avec lequel Philippe Beaussant expose son propos laisse pantois et en font un pédagogue hors pair. Bien-sûr, ne nous attendons pas là à un ouvrage scientifique sur le Titien. Le présent ouvrage n’en a pas la prétention, puisqu’il s’agit d’un essai. L’une des pages les plus émouvantes est sans conteste celle où le vieux Jean-Sébastien Bach, aux dernières heures de sa vie, presque aveugle, se penche sur sa Messe en si mineur. Ses gestes sont ceux d’un Titien parachevant l’œuvre qu’il destine à… sa sépulture, La Pietà. L’artiste devant la mort : voilà sans doute le sujet de ce livre qui, s’il n’est pas exempte de défauts ou de légères erreurs, n’en demeure pas moins profond et interpellant.

Je n’ai qu’un mot à ajouter : Merci, Monsieur l’Académicien !

Philippe Beaussant, Titien. Le chant du cygne, Fayard, Paris, 2009, 168 p.

NB : la sortie de ce livre n’est évidemment pas hasardeuse puisque Le Louvre accueille l’exposition Rivalités à Venise. Titien, Tintoret et Veronèse.







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