CPE Bach : concerti pour clavier et orchestre, par M. Spányi
19 08 2009
D’abord, il faut augmenter le volume des baffles et lancer les extraits…
Miklós Spányi est un artiste très prolifique, à en juger par le nombre impressionnant d’enregistrements parus. Vous ne le connaissez pas ? C’est normal. Il ne fait pas partie des « stars » produites par les impresari français (qui ont leurs qualités, ne le nions pas). Mais il lui manque la sur-médiatisation dont sont victimes certains artistes pour avoir une notoriété égale à son talent.
En fait, ce Hongrois, né à Budapest, a étudié au Koninklijk Vlaams Muziekconservatorium, à Anvers, auprès de Jos van Immerseel et au Hochschule für Music, à Munich, auprès de Hedwig Bilgram. S’il s’est fait remarquer, c’est pour l’intégrale (toujours en cours) de l’œuvre pour clavier de Carl Philip Emmanuel Bach qu’il enregistre pour le label suédois BIS. Encore une intégrale, me direz-vous ? Une magnifique intégrale, je répondrai.

A vrai dire – et peut-être honte à moi – j’ai découvert un des volumes par le plus grand des hasards. J’avais été sublimé mais n’avais pas exploré les autres volumes. Douze mois ont passé et je retente l’aventure. Mon constat demeure inchangé : ces œuvres sont à la fois enjouées, belles et méditatives pour leurs parties solistes.
C.P.E. Bach est, comme son père, un compositeur qui a laissé un corpus impressionnant. Il était surnommé le Bach de Berlin et de Hambourg. Son parrain n’était autre que Telemann. Un beau musicien, en somme. Nous ne nous étalerons pas une nouvelle fois sur la postérité malheureuse de certains compositeurs. Soulignons toutefois que Mozart et ses sublimes concerti pour clavier et orchestre n’est pas novice en le genre, comme on le pense souvent. C.P.E. Bach fut sans aucun doute son maître en la matière, maître de Haydn et de Beethoven, un compositeur dont la renommée de son vivant dépassait largement celle de son père, un trait d’union entre le baroque tardif (et son contre-point) et le style nouveau, classique, et l’école de Vienne. Dommage qu’il ne soit pas plus largement diffusé sur les ondes.

Aujourd’hui, l’enregistrement de l’intégrale en est à un peu plus que la moitié et déjà 22 volumes sont réalisés (une série dédiée aux concerti pour clavier ; une autre pour clavier et orchestre). Aucun ne fait défaut. Miklos Spányi, accompagné d’abord de l’ensemble Concerto armonico, de l’ensemble Opus X ensuite, explorent avec brio ce répertoire : pas de lassitude à l’écoute, pas de routine interprétative. Au contraire, chaque œuvre est abordée individuellement, pour ses qualités intrinsèques, et Spányi prend soin de rendre le propos vivant. Chaque disque est également l’occasion pour lui d’user d’un instrument différent, tantôt un clavicorde, tantôt un pianoforte ou piano à tangents, tous fabriqués par Joris Potvlieghe, artiste (c’est bien le mot) belge.

Des intégrales aussi précieuses sont rares et le nombre de volumes pourrait donner le vertige, certes. Mais je ne peux que vous conseiller d’en écouter un seul et, vous verrez, vous finirez bien par acheter les autres.





Bonjour monsieur de l’Estro,
Avant de corriger une légère petite erreur à la fin de ton billet, je tiens à te remercier très sincèrement d’avoir consacré quelques lignes à un de mes compositeurs de prédilection, Carl Philipp Emanuel Bach. C’est amusant, mais j’écoutais justement hier une interview d’Arie van Beek, chef de l’Orchestre d’Auvergne, qui déplorait justement que sa musique ne soit pas plus jouée, mettant cette désaffection sur le compte de la difficulté technique de nombre de ses œuvres et, conséquemment, sur l’esprit peu aventureux de bien des chefs. Une raison supplémentaire de saluer le travail de Miklós Spányi, qui s’emploie à faire vivre un compositeur que tant n’osent pas approcher. Certes, son intégrale en cours (dont je possède tous les volumes) n’est pas parfaite, les disques enregistrés avec l’Ensemble Opus X ne me semblant pas retrouver l’ampleur et le dynamisme de ceux où apparaissait le Concerto Armonico, de même que les disques consacrés aux pièces pour clavier seul sont quelquefois inégaux. Ce sont certes des vétilles, mais on peut être admiratif et objectif, tu ne crois pas ? Pour le reste, chapeau bas à cette entreprise qui permet de découvrir des œuvres, dont certaines jusqu’ici inédites au disque, dans des conditions optimales, et de mesurer, dans le même temps, tout ce que l’Histoire de la Musique doit à CPE Bach, tant pour ce qui est du style classique, comme tu l’as très justement souligné, que du premier romantisme, puisque le professeur de Mendelssohn, Carl Friedrich Zelter, était un inconditionnel du « Bach de Hambourg ».
Le petit bémol : le Concerto en ré mineur que tu présentes n’est en aucun cas une transcription de Hasse. Je pense que ce qui t’a induit en erreur est le fait que Miklós Spányi joue ici sur une copie d’un clavecin de Hieronymus Hass (Hambourg, 1734).
Amitiés à toi.
Cher Jean-Christophe,
Je te remercie vivement pour ce commentaire très dense et pour ta correction (j’ai effacé mon erreur, pour la postérité
)
Je dois bien t’avouer que je n’ai pas encore exploré l’intégrale pour clavier solo… mais que cette intégrale, parfois un peu inégale, reste dans l’ensemble un magnifique projet et qu’une superbe qualité dans l’ensemble. Mon volume favori reste toutefois le premier : celui de la découverte pour moi et parce qu’il est simplement passionnant.
Amitiés