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De Schütz à Bach. La musique du Baroque en Allemagne

1 02 2009

De Schütz à Bach. La musique du Baroque en Allemagne dans Musique livrecantagrel

Vous avez dit  »baroque » ? (*) 

Si je vous parle de Baroque allemand, que me dites-vous ? Cette terminologie « baroque » à elle seule pose problème : est-ce approprié d’appliquer à cette société luthérienne un tel mot renvoyant directement à la propagande la Contre-Réforme catholique ? Bien plus, lorsqu’on dit « baroque », on ne peut s’empêcher de songer aux riches courbes et contre-courbes, aux colonnes torsadées, aux dorures… à l’antithèse de l’austérité protestante. Alors, parler de « musique baroque » (dont il est déjà difficile de s’accorder sur sa signification), oublions.

Cette période du Baroque (période et courant de pensée, selon l’acceptation allemande) se subdivise encore en trois périodes : un premier  (Frühbarock), théâtre de la guerre de Trente ans dans lequel il a fallu forger un langage, influencé par Gabrieli et Monteverdi, et dont Schütz en est la figure majeure (aux côtés de Schein, Scheidt, Sweelinck, Praetorius et Scheidemann) ; le second apporte des sensibilités nouvelles, la paix retrouvée, et ce sont Rosenmüller, Erlebach, Schmelzer, Buxtehude ou Bruhns qui en sont les artisans ; enfin, le troisième (Hochbarock, « Baroque tardif », 1e moitié du XVIIIe siècle), avec les célèbres Telemann, Mattheson, Heinichen, Haendel, Bach (J.S.) et Pisendel, porte à son apogée ce langage et l’unifie. Ils constituent ainsi une base solide pour la génération suivante, alimentée notamment par les Lumières (Aufklärung), et qui verra, après l’éclosion d’un style « galant », la naissance du style classique.

Une superbe synthèse

Gilles Cantagrel, indéniable spécialiste du sujet, nous propose dans ce petit livre un large panorama de la musique du Baroque en Allemagne, subdivisé en quatre parties : après une description de l’Allemagne luthérienne, c’est la place de la musique dans cette société qui est passée au crible. On y prend conscience des conséquences des ravages de la guerre de Trente ans et du luthérianisme dans ce monde exsangue. S’ensuivent la vie musicale et les thèmes du Baroque. C’est sans doute cette dernière partie qui est la plus passionnante et intéressante en analysant de manière transversale l’évolution d’un langage et de son expression. Citons quelques thèmes, histoire de mettre l’eau à la bouche : l’homme ; les passions de l’âme ; Dieu, la création et l’univers ; le cercle ; la mort ; le nombre ; le discours sans paroles, etc. Une partie qui aurait bien pu être plus longue sans que ça n’en dérange le lecteur qui prend conscience que la musique est une science avant d’être plaisir (il toujours utile de le rappeler, même si ça peut sembler évident).

Le livre est donc passionnant, clair et succinct. Il conviendra donc mieux au néophyte qu’au réel connaisseur du répertoire ; je ne peux m’empêcher d’y voir un lien avec Les folles journées de Nantes, tant par le thème (le titre est le même) que par sa volonté de rendre accessible au plus grand nombre la musique classique. Noble cause qu’on ne peut qu’applaudir et que l’auteur relève avec brio. La plus belle conclusion serait sans doute que le lecteur que nous sommes n’a eu qu’une seule envie au cœur : se ruer sur des disques pour en apprécier dans une dimension ce que nous avions appris en lisant.

Deux seuls bémols pourraient être émis : l’ajout d’une carte au début ou en fin de volume aurait été la bienvenue. De plus, Zelenka est absent du texte, alors qu’il est une figure majeure et originale du répertoire. Dommage. Mais ces remarques n’altèrent en rien le travail accompli. Merci !

 

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 dans MusiqueIntermède musical : Philipp Heinrich Erlebach, « Dulde Dïch », par l’ensemble Stylus Phantasticus ; chant : Victor Torres. Alpha 018, 1 cd. http://www.fugalibera.com/readmorecd.php?id=114 (avec un autre extrait en ligne)

Image de prévisualisation YouTube

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livrecantagrelGilles CANTAGREL, De Schütz à Bach. La musique du Baroque en Allemagne, Fayard/Mirare, 2008.

 

(*) Référence à l’ouvrage de Philippe Beaussant (Vous avez dit « baroque« ?, Actes Sud, 1993), à lire impérativement si on s’intéresse à ce répertoire, ce qui est fort à parier si vous flâner sur cette page.


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Une réponse à “De Schütz à Bach. La musique du Baroque en Allemagne”

  1. 1 02 2009
    jardinbaroque (14:18:14) :

    Bonjour Grégory,
    C’est amusant que tu parles de ce livre, que j’ai justement commandé chez mon libraire il y a quelques jours. La signature de Gilles Cantagrel, éminent spécialiste de JS Bach, est un gage de qualité, et je ne doute pas un instant que même si le répertoire de la musique baroque allemande ne m’est pas complètement étranger, je vais apprendre des choses dans cet ouvrage.
    Une petite précision : il a bel et bien été édité dans le cadres des Folles journées de Nantes, en même temps que quelques parutions discographiques chez Mirare, parmi lesquelles il faut signaler un volume de cantates de Bach par Philippe Pierlot (qui doit être magnifique si j’en juge par le concert qu’ils ont donné en en reprenant le programme) et de la musique instrumentale de Buxtehude et Reincken par l’ensemble La Rêveuse. On pourra, en revanche, faire l’économie d’une Messe en si par Corboz chez le même éditeur, d’une poussivité sulpicienne.
    Je salue, pour finir, ton choix musical. Erlebach est un compositeur encore trop méconnu qui mérite mieux que la poignée de disques qui lui a été consacrée jusqu’ici. Rêvons un peu à ce que certains ensembles plus soucieux de radoter un répertoire archi-connu que de défricher des terres presque vierges pourraient nous en révéler.
    Amitiés à toi et merci pour ce billet.
    PS : ce matin, le même Pierlot dans la Messe brève en sol mineur et le Magnificat de Bach : magnifique. Croisons les doigts pour qu’il y ait un disque.

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