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Nouvelles découvertes du répertoire vivaldien

16022009

Nouvelles découvertes du répertoire vivaldien dans Musique newsdiscoveries L’éditeur Naïve/Opus111 signe ici un volume « extra » de la fameuse Edition Vivaldi, un peu étrangement intitulé « News discoveries » (peut-être plus vendeur en anglais qu’en italien). Il peut être fier de son dernière bébé, tellement il sonne bien. Federico Maria Sardelli aux commandes enchante et fleurit une nouvelle fois l’écriture vivaldienne comme il sait si bien le faire. Il n’y a qu’à voir le personnage pour se rendre compte à quel point ce chef est un véritable artiste (une sorte de Dali), passionné du Vénitien et bien décidé à lui redonner ce qui lui beaucoup d’autres oublient : une âme et une grâce, et non une succession de notes où les interprétations « pyrotechniques » rivalisent d’extravagance. Moins électrique que l’Ensemble Matheus (il est difficile de rivaliser avec eux dans ce domaine, surtout quand ils veulent à tout prix « mettre de le feu » [quand on parle de pyrotechnique] aux Victoires de la Musique (sic)) mais pas moins énergique, plus subtil et rond que l’Accademia Bizantina de Dantone, plus poétique que Fabio Biondi à ses meilleurs heures (bien que Sardelli s’avère un rien rapide dans les mouvements lents), c’est un véritable régal que d’entendre Vivaldi ainsi joué !

La sélection des oeuvres ici réunie est tout à fait suggestive et hétéroclite : aucun lien n’unit ces pièces, sinon leur découverte récente qui remonte tout au plus à un an et demi. Elles font partie des suppléments du célèbre catalogue de Ryom Peter. Voyons-y plutôt un joli pot-pourri de compositions inédites qui témoignent de la diversité de l’oeuvre du prêtre roux : deux arie d’opéra, un concerto pour deux violons et violoncelle [variante du RV 578 (ndlr)], un autre pour hautbois, trois sonates (une pour flûte, deux pour violon) et un motet (Vos invito).

Conquis est bien le mot à employer ici. Voilà longtemps qu’un disque de Vivaldi et de cette édition ne nous avait plus autant emballé. La sonate pour flûte faisant un peu exception à notre sens (à comparer à celle pour violon), toutes les compositions ici regroupées sont très inspirées, surtout avec une Romina Basso absolument brillante et passionnante, même dans les phrasés où il serait aisé d’éluder l’expressivité au profit de la virtuosité. La voix est féminine et sensuelle ; le timbre chaleureux et doux. Un pur régal ! Surtout dans l’aria qui ouvre le disque (assurément un futur « tube » vivaldien) : Se lento ancora il fulmine, théâtral dès les premières mesures et enivrant.

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Les mêmes conclusions s’imposent pour le concerto pour hautbois : l’instrument se substitue à la voix humaine et nous entraîne dans une jolie performance soliste qui n’a rien à envier aux arie d’opéra. Et le motet dans tout ça ? Stupéfiant ! Sommes-nous encore à l’église ou dans un Teatro ? Les deux mondes se confondent pour notre plus grand bonheur.

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Vous l’aurez compris, c’est un Vivaldi théâtral que Federico Maria Sardelli met ici sous les feux de la rampe par des compositions inédites, tantôt religieuses, tantôt profanes ; vocales ou instrumentales. Comment ne pas attendre la suite avec impatience, après ces nouvelles découvertes ? Sardelli sous-entend qu’un prochain disque d’inédits récemment découverts durant l’enregistrement pourrait être prévu. Espérons que Romina Basso enregistre à l’avenir - on peut rêver - un album soliste dans la collection, sous la direction de Sardelli. En attendant, rendez-vous en mars avec Diego Fasolis, qui fait son entrée dans l’édition, avec « Il ballo », le troisième volume de concerti pour violon.

News Discoveries
Edition Vivaldi,
Federico M. Sardelli (dir.), Modo Antiquo
Romina Basso, alto
Paolo Pollastri, hautbois
Naïve 2009




De Schütz à Bach. La musique du Baroque en Allemagne

1022009

De Schütz à Bach. La musique du Baroque en Allemagne dans Musique livrecantagrel

Vous avez dit  »baroque » ? (*) 

Si je vous parle de Baroque allemand, que me dites-vous ? Cette terminologie « baroque » à elle seule pose problème : est-ce approprié d’appliquer à cette société luthérienne un tel mot renvoyant directement à la propagande la Contre-Réforme catholique ? Bien plus, lorsqu’on dit « baroque », on ne peut s’empêcher de songer aux riches courbes et contre-courbes, aux colonnes torsadées, aux dorures… à l’antithèse de l’austérité protestante. Alors, parler de « musique baroque » (dont il est déjà difficile de s’accorder sur sa signification), oublions.

Cette période du Baroque (période et courant de pensée, selon l’acceptation allemande) se subdivise encore en trois périodes : un premier  (Frühbarock), théâtre de la guerre de Trente ans dans lequel il a fallu forger un langage, influencé par Gabrieli et Monteverdi, et dont Schütz en est la figure majeure (aux côtés de Schein, Scheidt, Sweelinck, Praetorius et Scheidemann) ; le second apporte des sensibilités nouvelles, la paix retrouvée, et ce sont Rosenmüller, Erlebach, Schmelzer, Buxtehude ou Bruhns qui en sont les artisans ; enfin, le troisième (Hochbarock, « Baroque tardif », 1e moitié du XVIIIe siècle), avec les célèbres Telemann, Mattheson, Heinichen, Haendel, Bach (J.S.) et Pisendel, porte à son apogée ce langage et l’unifie. Ils constituent ainsi une base solide pour la génération suivante, alimentée notamment par les Lumières (Aufklärung), et qui verra, après l’éclosion d’un style « galant », la naissance du style classique.

Une superbe synthèse

Gilles Cantagrel, indéniable spécialiste du sujet, nous propose dans ce petit livre un large panorama de la musique du Baroque en Allemagne, subdivisé en quatre parties : après une description de l’Allemagne luthérienne, c’est la place de la musique dans cette société qui est passée au crible. On y prend conscience des conséquences des ravages de la guerre de Trente ans et du luthérianisme dans ce monde exsangue. S’ensuivent la vie musicale et les thèmes du Baroque. C’est sans doute cette dernière partie qui est la plus passionnante et intéressante en analysant de manière transversale l’évolution d’un langage et de son expression. Citons quelques thèmes, histoire de mettre l’eau à la bouche : l’homme ; les passions de l’âme ; Dieu, la création et l’univers ; le cercle ; la mort ; le nombre ; le discours sans paroles, etc. Une partie qui aurait bien pu être plus longue sans que ça n’en dérange le lecteur qui prend conscience que la musique est une science avant d’être plaisir (il toujours utile de le rappeler, même si ça peut sembler évident).

Le livre est donc passionnant, clair et succinct. Il conviendra donc mieux au néophyte qu’au réel connaisseur du répertoire ; je ne peux m’empêcher d’y voir un lien avec Les folles journées de Nantes, tant par le thème (le titre est le même) que par sa volonté de rendre accessible au plus grand nombre la musique classique. Noble cause qu’on ne peut qu’applaudir et que l’auteur relève avec brio. La plus belle conclusion serait sans doute que le lecteur que nous sommes n’a eu qu’une seule envie au cœur : se ruer sur des disques pour en apprécier dans une dimension ce que nous avions appris en lisant.

Deux seuls bémols pourraient être émis : l’ajout d’une carte au début ou en fin de volume aurait été la bienvenue. De plus, Zelenka est absent du texte, alors qu’il est une figure majeure et originale du répertoire. Dommage. Mais ces remarques n’altèrent en rien le travail accompli. Merci !

 

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 dans MusiqueIntermède musical : Philipp Heinrich Erlebach, « Dulde Dïch », par l’ensemble Stylus Phantasticus ; chant : Victor Torres. Alpha 018, 1 cd. http://www.fugalibera.com/readmorecd.php?id=114 (avec un autre extrait en ligne)

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livrecantagrelGilles CANTAGREL, De Schütz à Bach. La musique du Baroque en Allemagne, Fayard/Mirare, 2008.

 

(*) Référence à l’ouvrage de Philippe Beaussant (Vous avez dit « baroque« ?, Actes Sud, 1993), à lire impérativement si on s’intéresse à ce répertoire, ce qui est fort à parier si vous flâner sur cette page.







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