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L’estate

20062008

J’avais promis il y a trois mois que je continuerais l’exploration des Quatre saisons de Vivaldi. [Petite remarque en passant : il faudrait quand même que j'apprenne à parler d'autre chose que du Vénitien !] Poursuivons, donc, en ce premier jour d’été en illustrant le « texte » musical par quelques photographies de Toscane.

 

I. Allegro non molto

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  • [0:00] Dès les premières mesures, le tableau est dressé : les notes sont brèves et saccadées. Elles se trainent. Aucun doute n’est permis : le soleil brûle et la chaleur s’est installée. Et scène pastorale oblige, c’est du berge et de son troupeau qu’il est question. Ecoutez comme ils se languissent lorsque le violon amorcent les descentes [0:38]. Et pour complèter ce tableau, voici qu’un pin se consumme non loin de là. On imagine aisément le paysage : plus rien ne pousse, la terre est sèche et les derniers arbres, seuls endroits de repos éventuels à l’ombre, ont brûlé. Je ne peux m’empêcher d’imaginer un paysage toscan, tout jauni par le soleil.
  • [1:31] Soudain, le coucou, assis sur une branche déséchée, se met à chanter à tue-tête jusqu’à la répétition du motif [du coucou] en tutti [2:09]
  • [2:10] Reprise du motif principal, celui de la châleur accablante…
  • jusqu’à ce que la tourterelle gazouille, un peu perdue [2:28], pour être accompagnée par le chardonneret [2:58] ensuite.
  • [3:10] Bien vite, un « doux Zéphyr soupire » : le rythme s’accélère et le tutti reprend [3:24]. Ce n’est plus un simple petit vent, mais « Borée [qui] accourt, sans crier gare, le chahuter. »
  • [3:48] Motif principal
  • [4:05] « Et le berger pleure d’effroi car il redoute la fièvre de la tempête et le sort qui l’attend. » On ne peut plus explicite : le violon solo se lamente et pleurniche. En tendant bien l’oreille, vous vous apercevrez qu’il reprend même sa respiration [4:51] (c’est l’interprète qui donne cet effet).
  • Et lorsqu’il pense à son destin (la crainte de la tempête), il neut s’empêcher d’en être terrifié : c’est le tutti final. Comprenons-le : dans ce paysage idyllique, ses préoccupations peuvent nous sembler « basiques » mais elles nous renvoient surtout à notre état primaire, celui d’un homme soumis aux aléas du climat.

Arrivé à terme de ce premier mouvement, je ne peux m’empêcher de formuler quelques remarques. Contrairement au premier mouvement du printemps, le tutti ne sert pas à définir le motif principal, ici la chaleur accablante. Il sert davantage à souligner la fin du tableau décrit, par un déchaînement des éléments. Néanmoins, la mélodie s’oppose, comme dans le Printemps, aux violons solo : l’idée générale, le sentiment [j'y verrais ici le désemparement], s’opposent au détail descriptif [les oiseaux]. A noter également que vous devriez comparer le chant des différentes espèces d’oiseaux à ceux du printemps : vous saurez les identifier.

Toscane, juillet 2006

 

II. Adagio [jusque 2:49 !!!]

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Sur une musique encore plus lente que le mouvement précédent, voici la scène suivante : le repos du berger – « Le repos refusé à ses membres las ». C’est le violon solo qui l’incarne. Cela ne vous rappelle rien ? A nouveau, le parallèle avec le printemps est inévitable.

Après, quelques notes régulières ponctuent tout le mouvement. Alors que dans le Printemps il s’agissait du chien qui aboyait après le troupeau, ici ce sont des essaims de mouches qui pertubent le repos du berger et tournent autour des bêtes. Il n’y a pas d’air et le ciel est bas. Rien ne bouge. Une tempête d’été se prépare… le tonnerre gronde à l’horizon. Ce sont les trois tutti qui rythme le mouvement.

Toscane, juillet 2006

 

III. Presto

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  • [0:00] Ce qui devait arriver est bien là : la tempête éclate. Le tonnerre gronde et les pluies s’abattent. C’est le tutti, sur lequel les violons, les vents turbulents, viennent se fondre. La nature se déchaîne et les arbre sont secoués. [0:37] Une bourrasque récidive.
  • [0:44] La grêle tombe et vient « décapiter les épis [de blés] » : violon solo.
  • [0:59] Succèdent le vent et le tonnerre : c’est le tutti. Mais écoutez comme il est joué. Est-on effrayé comme au début ? Non, il y a une sorte d’harmonie qui s’en dégage, comme si nous contemplions un tableau qui, malgré la rudesse de la scène, nous semble beau. Il y a de la fascination pour cette scène de la part de Vivaldi.
  • [1:19] Et les grèles agressent à nouveau, impuissants que nous sommes.
  • [1:31] Les vents ravagent le paysage une nouvelle fois.
  • [1:45] Un moment de répis ?
  • [1:49] Pas du tout : la tempête reprend de plus belle. Vents, tonnerre et grêle se succèdent en feu d’artifice. Une bourrasque vient mettre un point final à ce choas.

Que dire ? Magique. Théâtral.

On sent une certaine familiarité avec le printemps : les oiseaux, le tonnerre, le repos du berger. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’y trouver une différence fondamentale : alors que dans le printemps, l’homme profite des bienfaits de la nature et y prend place en tant qu’acteur à part entière, dans l’automne, au contraire, il est plutôt un spectateur impuissant, condamné à regarder les éléments se déchaîner contre lui. En cela, comme nous le verrons, le printemps peut être associé à l’automne, et l’été à l’hiver.

Toscane, juillet 2006

Texte

Sotto dura Staggion dal Sole accesa            
Langue l’huom, langue ‘l gregge, ed arde il Pino;  
Scioglie il Cucco la Voce, e tosto intesa         
Canta la Tortorella e ‘l gardelino.                            

Zeffiro dolce Spira, mà contesa                              
Muove Borea improviso al Suo vicino;                    
E piange il Pastorel, perche sospesa                      
Teme fiera borasca, e ‘l suo destino;                      

Toglie alle membra lasse il Suo riposo                
Il timore de’ Lampi, e tuoni fieri                          
E de mosche, e mossoni il Stuol furioso.             

Ah che pur troppo i Suo timor Son veri              
Tuona e fulmina il Ciel e grandioso                      
Tronca il capo alle Spiche e a’ grani alteri.          

 En français…

Durant la rude saison du soleil brûlant,
Se languit l’homme, son troupeau, et se consumme le pin;
Le coucou élève la voix, et à l’unisson
Chantent la tourterelle et le chardonneret.

Un doux Zéephyr soupire, mais soudain
Borée, sans crier gare, accourt le chahuter.
Et le berger pleure d’effroi
Car il redoute la fièvre de la tempête et le sort cruel qui l’attend.

Le repos refusé à ses membres las
Il craint la foudre et le tonnerre furieux
Et les essaims ravageurs de mouches qui tournoient.

Hélas ! Ses craintes ne sont que trop fondées !
Le ciel tonne et fulmine, et la grêle
Décapite les épis, fauche les moissons hautes.







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