L’Ommegang, festivité bruxelloise

29062008

Up-date : au fait des dernières recherches historiques, je vous invite à vous ruer sur le livre « Ommegang », paru aux éditions Albert Marinus, Bruxelles, 2013. Vous y découvriez quantités d’informations et d’iconographie absolument passionnantes !

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  • Au commencement…

Comme c’est le cas pour bon nombre de processions et de festivités, leurs origines appartiennent souvent au légendaire. Le terme ommeganck est un nom commun signifiant « tourner autour [de l’église] » (gang « tourner » ; omme « autour, par » ; littéralement pro-cessio). Aujourd’hui, il n’y a presque plus qu’à Bruxelles que cette dénomination subsiste alors que de tels évènements se déroulaient dans bon nombre de villes. Le mot « kermesse » l’a petit à petit remplacé, même s’il tend à disparaître à son tour. En Wallonie, c’est le terme ducasse qui est utilisé, dérivant de dédicace (1).
L'Ommegang, festivité bruxelloise dans Bruxelles omme01L’ommegang de Bruxelles possède bien des origines miraculeuses : la légende raconte qu’une sainte et pauvre femme d’Anvers (ou de Bruxelles), Béatrix Soetkens, eut un songe dans lequel lui apparut la Vierge. Celle-ci lui ordonna à trois reprises d’enlever la statue à son effigie (Onze-Lieve-Vrouw-op-Stocxken) d’une église de la ville d’Anvers. Le sacristain du lieu tenta, en vain, de l’en empêcher ; il fut frappé d’immobilité. Beatrix s’enfuit alors sur un léger esquif qui l’attendait à l’extérieur des remparts… comme par miracle. Elle remonta l’Escaut jusqu’à l’embouchure de la Senne et rejoignit Bruxelles. Là, elle fut reçue par les hautes autorités du Brabant et de la ville, ainsi que par les métiers et les arbalétriers qui se chargèrent de transporter la statue avec tout le faste qui lui était dû dans la chapelle du Sablon nouvellement édifiée. La première mention de la cérémonie remonte à 1348 (2).
L’anniversaire de commémoration de cet événement se déroula chaque année, le dimanche précédent la Pentecôte. Dès le XIVe siècle, il eut bien vite fait d’éluder les processions des deux paroisses de Bruxelles (celles de Saint-Michel et Saint-Jean).

  • Du XIVe au XVIe siècles

Les festivités de l’ommegang ne tardèrent pas à se confondre avec celles de la fête communale, comme il était courant dans les autres villes. Cela permit de rehausser le prestige de la procession et l’apport de nouveaux revenus lui conférèrent davantage de faste. A cette occasion, le souverain se devait de donner l’aumône aux plus démunis et de supporter les frais des costumes de certains enfants (ce fut le cas de la duchesse Jeanne de Brabant en 1379 et de Marguerite d’Autriche en 1529) (3).
omme02 dans BruxellesParmi les représentations qui marquèrent les annales, il y eut celle de 1456 où le dauphin de France, Louis (futur Louis XI), en exil chez son oncle Philippe le Bon, duc de Bourgogne, assista au cortège. Comme tous les souverains ou les étrangers de marque, il fut convié par le magistrat de prendre place à la maison échevinale (4). Une autre représentation, celle de 1544, commémora la Paix de Crépy entre Charles Quint et François Ier. L’empereur, accompagné de ses sœurs Eléonor de France et de Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, participa à l’événement. Mais, s’il en est une à retenir, c’est sans nul doute celle qui se déroula en 1549, car le faste avec lequel l’empereur fut reçu par la ville fut sans nul autre pareil. L’infant Philippe y assista aux côtés de son père et de ses tantes, Marie de Hongrie et Eléonor de France. C’est la reconstitution de ce jour qui est jouée aujourd’hui. Heureusement pour nous, un témoin oculaire, Calvete de Strella, nous a décrit la procession dans son récit du voyage de Philippe dans les Pays-Bas. Ce texte vaut largement le détour pour qui s’intéresse un temps soit peu au folklore (5). Outre quelques succulents détails (comme un enfant jouant de l’orgue dont les touches oppressent la queue de chats qui miaulent ; le bâptème et la circoncision du Christ [il est dommage de ne pas avoir plus de précision sur la mise en scène]), l’auteur nous énumère les différents participants et la manière dont ceux-ci étaient vêtus.
Alors que les premières festivités débutaient sur la Grand-Place, le cortège partait du Sablon et empruntait notamment les rues du Chêne et de l’Etuve pour se rendre sur la place principale. Les Serments ouvraient la marche : les arbalétriers du Petit Serment (dédié à saint Georges), aux habits de couleurs blanche et rouge, étaient suivis du Serment des archers en blanc, rouge et noir (dédié à Saint Sébastien), du Serment des escrimeurs en blanc et bleu (dédié à Saint-Michel), du Serment des arquebusiers en blanc (dédié à saint Christophe), ainsi que du Grand Serment en vert (6). Approchaient ensuite les différents corps de métiers, accompagnés de leurs doyens (de rouge vêtus) portant les keerssen, perches en bois sculpté surmontées des outils de leur profession. Les trois chambres des rhétoriques emboîtaient le pas, suivis du omme04Magistrat à la coiffe de velours noir et à la tunique rouge, couleur de la ville. Le clergé et les ordres mendiants poursuivaient, précédés des Lignages des sept familles de Bruxelles. A cela s’ajoutaient encore un diablotin essayant d’éteindre la lanterne de saint Gudule ; la Pucelle de Bruxelles sur son lit de parade ; les géants (Papa, Maman, Janneke, Mieke et la famille) ; le cheval Bayard ; ainsi que des chars (relatant des fables légendaires, religieuses ou burlesques) montés par des musiciens, acteurs et animaux (vrais ou des hommes déguisés). Ceux-ci illustraient, par exemple, l’arbre généalogique de David sur le dos d’un chameau, un griffon avec des angelots, Saint-Michel terrassant le dragon, saint Georges, etc. Bien évidemment, ce cortège était et est toujours bourré d’anachronismes qui pourraient surprendre de prime abord, mais qui illustrent particulièrement bien le vieux folklore bruxellois et flamand.
Traditionnellement, après le défilé sur le Grand Marché, un repas était offert par la plupart des métiers. Cette coutume fut abolie au XVe siècle à cause des coûts qu’elle engendrait et fut remplacée par deux stoep de vin offerts à chaque figurant (7). Au terme de cela, le cortège remontait jusqu’à l’église du Sablon où les arbalétriers du Grand Serment tiraient des oiseaux de bois fixés sur le transept de l’église. Cette festivité était l’occasion d’élire les nouveaux doyens et jurés, ainsi que les maîtres d’églises. L’arbalétrier qui parvenait à abattre le papegai, un oiseau aux plumes colorées, était élu, pendant un an, roi du serment à l’ « applaudimètre » et recevait un joyau qu’il devait porté sur son chaperon. Au bout de sa troisième victoire, il devenait roi perpétuel jusqu’à sa mort où sa récompense, sa meilleure arbalète et son plus bel uniforme étaient confiés à Notre-Dame (8).
Notons enfin que la quantité d’accessoires était telle que, dès le XVe siècle, ils déménagèrent de l’église du Sablon pour être entreposés dans une bâtisse de la rue d’Or.

  • La représentation de 1615

Mais l’ommegang ne connut pas que des années de faste. Lors des troubles religieux, les Calvinistes limitèrent la procession à faire le tour de l’église du Sablon quand des désordres n’éclataient pas lors de son passage. Elle fut définitivement supprimée en 1580 et la statue de la Vierge fut confisquée. La soumission de Bruxelles au prince de Parme aura vite fait d’effacer les cicatrices. Le règne des archiducs Albert et Isabelle fut particulièrement favorable à la fête (religieuse, d’abord, rappellons-le) ; elle put retrouver sa splendeur d’antan. Le peintre Denis Van Alsloot immortalisa l’événement : toutes les façades de la place sont décorées pour l’occasion et la Maison du Roi est couverte de drapeaux flottant au vent. Les costumes, à la mode espagnole et aux couleurs sombres pour ne pas dire austères, tranchent avec les habits richement colorés décrits dans le compte-rendu de Calvete de Strella. Cette série de tableaux nous permet toutefois d’apercevoir l’ensemble de la procession, les chars ainsi que les animaux fabuleux (9). Après cela, comme d’accoutumée, les serments remontaient jusqu’à l’église du Sablon pour tirer les oiseaux. On ne sait pas si ce fut une main chanceuse ou si elle fut aidée (à moins qu’elle ne fut experte en la matière), mais l’archiduchesse Isabelle s’exerça au tir…et remporta le titre de « reine ».

  • De la fin de l’Ancien Régime à aujourd’hui

Il va de soi que les annales n’ont gardé que les images hautes en couleurs de cette festivité. Les représentations finirent omme03par s’éroder et se ternir avec le temps. L’ommeganck faillit à jamais disparaître, dérivant vers une célébration qui s’apparentait à n’importe quelle procession religieuse. La fin de l’Ancien Régime fut difficile : le siècle des Lumières et le régime français faillirent le laisser tomber dans l’oubli. Il fallut attendre les anniversaires de l’Indépendance pour que l’ommegang réapparaisse (1930 et 1980), réinventé et reconstitué comme on imaginait la Joyeuse Entrée de Charles Quint (1549) à l’époque. Le choix de la reconsitution de l’ommegang de 1549 n’est en lui-même pas innocent : pour cette recréation patriotique (les couleurs noir-jaune-rouge ont envahi pas mal de costumes), il ne fallait pas prendre n’importe quelle représentation. Ici, Charles Quint est synonyme d’âge d’or, comme l’est Louis XIV pour les Français.

Depuis, une société (Ommegang) s’attèle a sauvegarder cette fête car les années ’80 et ’90 furent relativement ternes pour l’ommegang : la fête se déroulait de façon plus ou moins régulière et gardait sa réputation de club fermé, réservé à la noblesse ou l’aristocratie.
Aujourd’hui, la fête tente de regagner ses couleurs. La modernisation et le renouvellement (en bien ou en mal) en furent le prix à payer : des commentaires en voix off initient les spectateurs, des gilles de Binche envahissent la Grand-Place (affreux anachronisme et horrible délocalisation pour plaire aux touristes qui peuplent les gradins), des échassiers se livrent à des combats devant un public enthousiaste, des boissons gazeuses remplacent les stoep de vin, etc. Au Sablon, des joutes et des tournois, des ateliers d’artisans, des dégustations ou des concerts peuplent la place et permet à l’ommegang de se faire voir en-dehors de la grand place. C’est toute une réappropriation de l’espace urbain et une volonté de populariser cette fête qui est en marche. Aussi, cette année, la grand-place sera en partie gratuite, une nouveauté totale (grâce, notamment, aux aides financières diverses et au sponsoring) (10).

Car les organisateurs se sont enfin rendus à l’évidence : ce genre de festivités n’a de salut que si elle connue et reconnue par les habitants de la ville, que ceux-ci y participent et y adhèrent, qu’elle semble accessible et non lointaine. C’est ce travail d’image qui est en pleine modernisation. Et cela semble fonctionner.

 

Remarque : il s’agit d’une actualisation d’un article publié pour la première fois dans le journal du Cercle d’Histoire de l’Université Libre de Bruxelles : G.V.A., « L’ommegang, festivité bruxelloise », La Colonne, IX, n°1, septembre 2005, pp. 4-8. Histoire de l’ommegang Historique de l’ommegang
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1 Marcel VANHAMME, Bruxelles, de Bourg rural à Cité mondiale, Anvers, Mercurius, 1968, p. 110.
2 Alexandre HENNE & Alphonse WAUTERS, Histoire de la ville de Bruxelles, Bruxelles, Culture et civilisation, 1975 (1845), p. 104 ; Edgard GOEDLEVEN, La Grand-Place de Bruxelles : au cœur de cinq siècles d’histoire, Bruxelles, Racine, 1993, p. 68.
Ibid, p. 106.
4 Idem.
5 Retranscrit dans Louis HUYMANS, Bruxelles à travers les âges, t. 1, Bruxelles, Bruylant-Christophe, 1888 (?), pp. 180-186.
6 Idem ; Marcel VANHAMME, Op. cit., pp. 112-113.
7 Alexandre HENNE & Alphonse WAUTERS, Op. cit., p. 106.
8 Idem ; Edgard GOEDLEVEN, Op. cit., p. 68.
9 Voir à ce propos : ibid., pp. 98-91.
10 L’ommegang « extra » organisé en août 2007 a permis que la ville de Bruxelles soit choisie pour un congrès de neurologie, avec les retombées financières qu’engendrent 15 000 nuitées en pleine période estivale. La ville de Bruxelles aurait-elle enfin compris que l’ommegang est un produit dont est peut se servir et exporter, pour vendre son image ?

 

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The Ommegang, Brussels feast

  • In the beginning…

As is the case for many processions and festivities, their origins are often legendary. The term ommeganck is a common name meaning « turn around [the church] » (gang « turn » omme « around, » literally pro-cessio). Today there are almost more than Brussels that the denomination remains while such events were taking place in many cities. The word « kermesse » has gradually replaced, even though it tends to disappear in turn. In Wallonia, the term is used ducasse, drift dedication (1).
omme01The ommegang of Brussels has many origins miraculous: the legend that a holy and poor woman in Antwerp (or Brussels), Soetkens Beatrix, had a dream in which he appeared to the Virgin. It ordered him three times to remove the statue in his likeness (Onze-Lieve-Vrouw-op-Stocxken) of a church in the city of Antwerp. The sacristan venue tried in vain to prevent it was struck immobility. Beatrix then fled on a small skiff that was waiting outside the walls … as a miracle. It went up the Scheldt to the mouth of the Seine and joined Brussels. There she was received by the highest authorities of Brabant and the city, as well as trades and crossbowmen who is instructed to transport the statue with all the pomp that was owed in the chapel newly built Sablon. The first mention of the ceremony dates back to 1348 (2).

The anniversary commemoration of that event takes place each year, the previous Sunday Pentecost. From the fourteenth century, it was soon made to avoid the processions two parishes in Brussels (those of Saint Michael and Saint-Jean).

  • From the fourteenth to the sixteenth century

The festivities of the ommegang soon to be confused with those of the communal feast, as was common in other cities. This permit to raise the prestige of the procession and providing new revenues him conférèrent more pomp. On this occasion, the sovereign had to give alms to the poor and bear the costs of costumes of some children (as was the case of Jeanne Duchess of Brabant in 1379 and Margaret of Austria in 1529) (3).

omme02Among the performances that marked the annals, there was that of 1456 when the Dauphin of France, Louis (the future Louis XI), in exile with his uncle Philip the Good, duke of Burgundy, attended the procession. Like all sovereign or foreign brand, he was invited by the magistrate to take place at home échevinale (4). Another representation, that of 1544, commemorative Peace Crépy between Charles V and King Francis. The emperor, accompanied by his sisters Eléonor France and Mary of Hungary, governor of the Netherlands, participated in the event. But if ever there was one to remember is undoubtedly the one that took place in 1549, as the pomp with which the emperor was received by the city was without no other. The infant Philippe attended alongside her father and aunt, Mary of Hungary and Eléonor de France. This is the recovery of this day is played today. Fortunately for us, an eyewitness, Calvete of Strella, we described the procession in his account of the voyage by Philippe in the Netherlands. This text is well worth the detour for anyone interested time is a little folklore (5). Apart from some succulent details (like a child playing the organ whose keys oppress the tail of cats that miaulent; bâptème and circumcision of Christ [it is a pity not to have more precision on staging]) the author lists the various participants and how they were dressed.

While the former festivities started on the Grand Place, the procession started from the Sablon and borrowed including the streets of Oak and the Etuve went to the main square. The Oaths opened the march: crossbowmen Petit Oath (dedicated to St Georges), wearing white and red colours, were followed by the oath of archers in white, red and black (dedicated to Saint Sebastian), the Oath of fencers in white and blue (dedicated to Saint-Michel), the Oath of arquebusiers in white (dedicated to Saint Christopher) and the Grand oath green (6). Approchaient then the various guilds, accompanied by their deans (dressed in red) on the keerssen, carved wooden poles topped tools of their profession. The three rooms rhetoric emboîtaient step, followed by the Magistrate headdress black velvet tunic and the red color of the city. The clergy and mendicant orders continued, preceded by the Lineages of the seven families of Brussels. In addition imp still trying to omme04extinguish the lantern St. Gudule; Virgin from Brussels on his bed parade; giants (Papa, Maman, Janneke, Mieke and family); horse Bayard, as well as chars (recounting legendary fables, religious or burlesques) mounted by musicians, actors and animals (real or men disguised). These illustrated, for example, the pedigree of David on the back of a camel, a griffin with cherubs, Saint-Michel overcoming the dragon, St. George, and so on. Obviously, this procession was and is still full of anachronisms that might surprise at first glance, but which illustrate well the old folklore Brussels and Flemish.
Traditionally, after the parade on the Grand Market, a meal was offered by most trades. This custom was abolished in the fifteenth century because of costs it generated and was replaced by two stoep wine offered at each contained (7). After that, the procession went back to the church where the Sablon crossbowmen Grand oath shooting birds of wood fixed on the transept of the church. This celebration was an opportunity to elect new deans and jurors, as well as contractors churches. The arbalétrier who managed to shoot down the papegai, a colorful bird feathers, was elected for one year, king of the oath to the « applause » and received a jewel that was focused on his chaperon. After his third victory, he became king perpetual until his death when his reward, his best crossbow and his finest uniform were assigned to Virgin Mary (8).
Lastly, the quantity of materials was such that, from the fifteenth century, they moved the church Sablon to be stored in a building on the rue d’Or.

  • The representation of 1615

But ommegang not only knew that years of pomp. During the religious unrest, the Calvinists limitèrent the procession to visit the church when the Sablon disorders n’éclataient not during his visit. It was finally abolished in 1580 and the statue of the Virgin was confiscated. The submission of the Brussels prince of Parma will be quick to erase the scars. The reign of Archdukes Albert and Isabella was particularly favourable to the party (religious, first of all, remember it); she was able to regain its former glory. The painter Denis Van Alsloot immortalisa the event: all facades of the square are decorated for the occasion and the Maison du Roi is covered with flags floating in the wind. The costumes, fashionable Spanish and the dark colors if not austere, contrast with richly colored clothes described in the report of Calvete of Strella. This series of paintings, however, allows us to see the entire procession, tanks and fabulous animals (9). After that, as usual, oaths dating back to the church Sablon to draw birds. It is not known if it was a lucky hand or if she was helped (unless it was an expert in this field), but the Archduchess Isabella exercised fire… and won the title of « queen ».

  • From the end of the Ancien Regime to today

It goes without saying that history had kept the pictures of this colourful celebration. Performances eventually erode and omme03tarnish over time. The ommeganck have almost never disappear, drift towards a celebration that was akin to any religious procession. The end of the Ancien Regime was difficult: the Enlightenment and the french regime have almost dropping into oblivion. It was not until the anniversaries of Independence for the ommegang reappear (1930 and 1980), reinvented and re-imagined as the Funny Entry Charles Quint (1549) at the time. The choice of the reconsitution of ommegang of 1549 is in itself not innocent: for this recreation Patriotic (the colors black-yellow-red invaded a lot of costumes), it should not take any performance. Here, Charles Quint is synonymous with golden age, as is Louis XIV to the French.

Since then, a company (Ommegang) is working to save the festival has since the’80s and’90 were relatively dull for ommegang: the feast was proceeding more or less regularly and kept its reputation as a closed club, reserved for nobility or aristocracy.
Today, the party tries to regain its colors. The modernization and renewal (for better or for worse) were the price to pay: comments voiceovers introduce spectators, gilles Binche invade the Grand-Place (ugly and horrible anachronism relocation to please tourists who populate the bleachers), waders engage in combat before an enthusiastic audience, soft drinks replace stoep wine, and so on. Sablon, games and tournaments, artisan workshops, tastings and concerts populate the place and allows the ommegang to be seen, outside the main square. This is a reappropriation of urban space and a willingness to popularize this festival is running. Also, this year’s main square will be partly free, a total novelty (thanks in part to various grants and sponsorship) (10).

For the organizers have finally returned to the obvious: this kind of celebration has hello if it known and recognized by the inhabitants of the city, which they participate and adhere to, it seems accessible and not far away. This work image that is rapidly modernizing. And it seems to work. Ommegang History

 

Note: This is an update of an article first published in the newspaper Circle History of the Free University of Brussels : G.V.A., « L’ommegang, festivité bruxelloise », La Colonne, IX, n°1, septembre 2005, pp. 4-8.
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1 Marcel VANHAMME, Bruxelles, de Bourg rural à Cité mondiale, Anvers, Mercurius, 1968, p. 110.
2 Alexandre HENNE & Alphonse WAUTERS, Histoire de la ville de Bruxelles, Bruxelles, Culture et civilisation, 1975 (1845), p. 104 ; Edgard GOEDLEVEN, La Grand-Place de Bruxelles : au cœur de cinq siècles d’histoire, Bruxelles, Racine, 1993, p. 68.
Ibid, p. 106.
4 Idem.
5 Retranscrit dans Louis HUYMANS, Bruxelles à travers les âges, t. 1, Bruxelles, Bruylant-Christophe, 1888 (?), pp. 180-186.
6 Idem ; Marcel VANHAMME, Op. cit., pp. 112-113.
7 Alexandre HENNE & Alphonse WAUTERS, Op. cit., p. 106.
8 Idem ; Edgard GOEDLEVEN, Op. cit., p. 68.
9 Voir à ce propos : ibid., pp. 98-91.
10 The guest ommegang organized in August 2007 has allowed the city of Brussels is chosen for a congress of neurology, with the financial fallout stemming from 15 to 000 nights full summer season. The city of Brussels have finally understood that ommegang is a product that is can use and export, to sell its image?

 




Ommegang de Bruxelles, mardi 1er et jeudi 3 juillet prochains

26062008

English version: mid-page

Voici un petit billet qui fait office de publicité, une fois n’est pas coutume.

Je tenais à rappeler à ceux qui ne le savent pas encore que la fête de l’ommegang de Bruxelles se déroulera les 1er et 3 juillet prochains. Comme chaque année, le cortège part du Sablon pour rejoindre la grand place, en passant par la place royale, le marché aux herbes et la rue du midi (entre autres).

Ommegang de Bruxelles, mardi 1er et jeudi 3 juillet prochains dans Bruxelles ommegang04

Je n’entrerai pas ici dans le traditionnel historique qui n’intéresse personne, sinon pour rappeler qu’il s’agit d’une reconstitution historique des années ’30 qui commémoire la Joyeuse entrée de Charles Quint à Bruxelles en 1549… et que tout récident à Bruxelles (au moins) serait tenu de le connaître, ne fut-ce que de nom (ce qui n’est malheureusement pas du tout le cas, bien au contraire).

J’espère donc que vous y viendrez nombreux, en spectateurs, nous soutenir lors du cortège. Ce sera mon 10e ommegang et je sais que ce ne sera pas mon dernier car c’est toujours l’occasion de se retrouver entre amis et de passer très chouette soirée, originale surtout. En effet, n’est-ce pas là un trip d’historiens que de se pavaner dans ce genre de costumes, comme une sorte d’autodérision, au fond ?

Les nouveautés cette année sont de taille : gratuité du spectacle sur la grand place pour les premiers arrivés à l’emplacement qui est réservé à cet effet ; joutes, tournois, chants de la renaissance, animations diverses, dégustations sur la place du Sablon les mardi, mercredi et jeudi (les mardi et jeudi, avec, en plus, le cortège multicolore)…

Je vous laisse quelques images (certains ont préféré garder l’anonymat) et quelques vidéos. Si vous voulez participer en tant qu’acteur (figurant cette fois), il suffit de me le demander de vive voix.

Enfin, voici la bande-annonce du Manneken Pis, l’enfant qui pleut, un film sur la capitale, tout en belgitude (avec de nombreux extraits de l’ommegang).

ommegang01 dans Photos ommegang02 ommegang03 

La bande-annonce de l’ommegang, un peu too much quand même

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Et le site officiel : www.ommegang.be

 

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Here is a small ticket that acts as advertising, for once.

I wanted to remind those who do not yet know that the feast of the ommegang of Brussels will take place on 1 and 3 next July. As every year, the procession from Sablon Place to join the Great Place, via the Place Royale, the market for herbs and rue du Midi (among others).

ommegang04

I will not go into the traditional historical person who does, except to recall that this is a re-enactment of the years’30, which commémoire Joyeuse the entry of Charles V in Brussels in 1549 … and that any récident in Brussels (at least) would be required to know, if only in name (which is unfortunately not the case at all, quite the contrary).

So I hope you will come many, spectators, support us during the parade. This will be my 10th ommegang and I know this will not be my last because it’s always an opportunity to meet with friends and spend very nice evening, especially original. Indeed, is this not a trip to historians than to pavaner in these costumes, as a kind of self, basically?

What’s new this year are daunting: free entertainment on the main square for first arrived at the site that is reserved for that purpose; games, tournaments, chants of rebirth, animations various tastings on the Place du Sablon on Tuesday , Wednesday and Thursday (Tuesday and Thursday, with the addition of the procession multicolored) …

I leave you a few images (some have preferred to remain anonymous) and some videos. If you want to participate as an actor (appearing this time), just ask me verbally.

Finally, here is the trailer of Manneken Pis, l’enfant qui pleut, a film about the capital, while belgitude (with many excerpts from the ommegang).

ommegang01 ommegang02 ommegang03 

Trailer of the feast of ommegang, still too much

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Official site : www.ommegang.be




Panoramique de Bruxelles et Saint-Guidon à Anderlecht

24062008

Avis aux historiens de l’ULB : je ferai parvenir dès que possible un lien pour télécharger les photos en bonne résolution. Et encore merci à Monsieur Dierkens pour cet agréable moment ! En attendant, voici une petite mise-en-bouche. Vous savez agrandir les photos en cliquant dessus. Et pour les plus motivés, vous pouvez ajouter généreusement un commentaire ^^

I. Saint-Guidon, à Anderlecht

Panoramique de Bruxelles et Saint-Guidon à Anderlecht dans Bruxelles 011 021 dans Histoire 031 dans Photos 04 05 06 07 

II. La tour de l’hôtel de ville de Bruxelles

08 09  10 1112 13 14 15panoramique1  panoramique2

Et l’album photo qui les référencie

Saint-Guidon et la tour de lhôtel de ville
Album : Saint-Guidon et la tour de l'hôtel de ville
23 juin 2008
17 images
Voir l'album



L’estate

20062008

J’avais promis il y a trois mois que je continuerais l’exploration des Quatre saisons de Vivaldi. [Petite remarque en passant : il faudrait quand même que j'apprenne à parler d'autre chose que du Vénitien !] Poursuivons, donc, en ce premier jour d’été en illustrant le « texte » musical par quelques photographies de Toscane.

 

I. Allegro non molto

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  • [0:00] Dès les premières mesures, le tableau est dressé : les notes sont brèves et saccadées. Elles se trainent. Aucun doute n’est permis : le soleil brûle et la chaleur s’est installée. Et scène pastorale oblige, c’est du berge et de son troupeau qu’il est question. Ecoutez comme ils se languissent lorsque le violon amorcent les descentes [0:38]. Et pour complèter ce tableau, voici qu’un pin se consumme non loin de là. On imagine aisément le paysage : plus rien ne pousse, la terre est sèche et les derniers arbres, seuls endroits de repos éventuels à l’ombre, ont brûlé. Je ne peux m’empêcher d’imaginer un paysage toscan, tout jauni par le soleil.
  • [1:31] Soudain, le coucou, assis sur une branche déséchée, se met à chanter à tue-tête jusqu’à la répétition du motif [du coucou] en tutti [2:09]
  • [2:10] Reprise du motif principal, celui de la châleur accablante…
  • jusqu’à ce que la tourterelle gazouille, un peu perdue [2:28], pour être accompagnée par le chardonneret [2:58] ensuite.
  • [3:10] Bien vite, un « doux Zéphyr soupire » : le rythme s’accélère et le tutti reprend [3:24]. Ce n’est plus un simple petit vent, mais « Borée [qui] accourt, sans crier gare, le chahuter. »
  • [3:48] Motif principal
  • [4:05] « Et le berger pleure d’effroi car il redoute la fièvre de la tempête et le sort qui l’attend. » On ne peut plus explicite : le violon solo se lamente et pleurniche. En tendant bien l’oreille, vous vous apercevrez qu’il reprend même sa respiration [4:51] (c’est l’interprète qui donne cet effet).
  • Et lorsqu’il pense à son destin (la crainte de la tempête), il neut s’empêcher d’en être terrifié : c’est le tutti final. Comprenons-le : dans ce paysage idyllique, ses préoccupations peuvent nous sembler « basiques » mais elles nous renvoient surtout à notre état primaire, celui d’un homme soumis aux aléas du climat.

Arrivé à terme de ce premier mouvement, je ne peux m’empêcher de formuler quelques remarques. Contrairement au premier mouvement du printemps, le tutti ne sert pas à définir le motif principal, ici la chaleur accablante. Il sert davantage à souligner la fin du tableau décrit, par un déchaînement des éléments. Néanmoins, la mélodie s’oppose, comme dans le Printemps, aux violons solo : l’idée générale, le sentiment [j'y verrais ici le désemparement], s’opposent au détail descriptif [les oiseaux]. A noter également que vous devriez comparer le chant des différentes espèces d’oiseaux à ceux du printemps : vous saurez les identifier.

Toscane, juillet 2006

 

II. Adagio [jusque 2:49 !!!]

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Sur une musique encore plus lente que le mouvement précédent, voici la scène suivante : le repos du berger – « Le repos refusé à ses membres las ». C’est le violon solo qui l’incarne. Cela ne vous rappelle rien ? A nouveau, le parallèle avec le printemps est inévitable.

Après, quelques notes régulières ponctuent tout le mouvement. Alors que dans le Printemps il s’agissait du chien qui aboyait après le troupeau, ici ce sont des essaims de mouches qui pertubent le repos du berger et tournent autour des bêtes. Il n’y a pas d’air et le ciel est bas. Rien ne bouge. Une tempête d’été se prépare… le tonnerre gronde à l’horizon. Ce sont les trois tutti qui rythme le mouvement.

Toscane, juillet 2006

 

III. Presto

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  • [0:00] Ce qui devait arriver est bien là : la tempête éclate. Le tonnerre gronde et les pluies s’abattent. C’est le tutti, sur lequel les violons, les vents turbulents, viennent se fondre. La nature se déchaîne et les arbre sont secoués. [0:37] Une bourrasque récidive.
  • [0:44] La grêle tombe et vient « décapiter les épis [de blés] » : violon solo.
  • [0:59] Succèdent le vent et le tonnerre : c’est le tutti. Mais écoutez comme il est joué. Est-on effrayé comme au début ? Non, il y a une sorte d’harmonie qui s’en dégage, comme si nous contemplions un tableau qui, malgré la rudesse de la scène, nous semble beau. Il y a de la fascination pour cette scène de la part de Vivaldi.
  • [1:19] Et les grèles agressent à nouveau, impuissants que nous sommes.
  • [1:31] Les vents ravagent le paysage une nouvelle fois.
  • [1:45] Un moment de répis ?
  • [1:49] Pas du tout : la tempête reprend de plus belle. Vents, tonnerre et grêle se succèdent en feu d’artifice. Une bourrasque vient mettre un point final à ce choas.

Que dire ? Magique. Théâtral.

On sent une certaine familiarité avec le printemps : les oiseaux, le tonnerre, le repos du berger. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’y trouver une différence fondamentale : alors que dans le printemps, l’homme profite des bienfaits de la nature et y prend place en tant qu’acteur à part entière, dans l’automne, au contraire, il est plutôt un spectateur impuissant, condamné à regarder les éléments se déchaîner contre lui. En cela, comme nous le verrons, le printemps peut être associé à l’automne, et l’été à l’hiver.

Toscane, juillet 2006

Texte

Sotto dura Staggion dal Sole accesa            
Langue l’huom, langue ‘l gregge, ed arde il Pino;  
Scioglie il Cucco la Voce, e tosto intesa         
Canta la Tortorella e ‘l gardelino.                            

Zeffiro dolce Spira, mà contesa                              
Muove Borea improviso al Suo vicino;                    
E piange il Pastorel, perche sospesa                      
Teme fiera borasca, e ‘l suo destino;                      

Toglie alle membra lasse il Suo riposo                
Il timore de’ Lampi, e tuoni fieri                          
E de mosche, e mossoni il Stuol furioso.             

Ah che pur troppo i Suo timor Son veri              
Tuona e fulmina il Ciel e grandioso                      
Tronca il capo alle Spiche e a’ grani alteri.          

 En français…

Durant la rude saison du soleil brûlant,
Se languit l’homme, son troupeau, et se consumme le pin;
Le coucou élève la voix, et à l’unisson
Chantent la tourterelle et le chardonneret.

Un doux Zéephyr soupire, mais soudain
Borée, sans crier gare, accourt le chahuter.
Et le berger pleure d’effroi
Car il redoute la fièvre de la tempête et le sort cruel qui l’attend.

Le repos refusé à ses membres las
Il craint la foudre et le tonnerre furieux
Et les essaims ravageurs de mouches qui tournoient.

Hélas ! Ses craintes ne sont que trop fondées !
Le ciel tonne et fulmine, et la grêle
Décapite les épis, fauche les moissons hautes.




Rideau !

1062008

Lundi de la Saint-Benoît 1740 [21 mars 1740],
Venise.

J’ai eu la chance d’être l’un des rares privilégiés à assister au spectacle qui était donné à l’Ospedale della Pietà, ce soir, en l’honneur de Sa Majesté le Prince-Electeur de Saxe, Frederick-Christian, qui nous fait le privilège de visiter notre ville depuis le mois de décembre. On raconte qu’il ne veut rien rater des concerts joués à Venise. La ville a d’ailleurs mis les petits plats dans les grands pour recevoir ce voyageur de marque. Jamais le carnaval ne connut un tel faste et les autorités mirent à contribution tout ce qu’elle comptait d’artistes dans la lagune. L’un des points d’orgue des festivités se produisit ce soir : on joua la sérénade Il Coro delle Muse, d’après un livret de Goldoni qu’on ne présente plus en ces lieux.

Rideau ! dans Histoire 2968Il est indéniable que ce furent les intermèdes musicaux que Sa Majesté le Prince a le plus appréciés. On dit même qu’il a tissé des liens particuliers avec le compositeur, Antonio Vivaldi, le célèbre violoniste et compositeur qui connaît des échecs de plus en plus fréquents lors des représentations de ses opéras. Voyons la réalité en face : Vivaldi se fait vieux et sa musique commence à passer de mode. Ses échecs les plus récents viennent de ses opéras (je l’ai dit ci-devant) qui ne correspondent plus (ou s’adaptent très difficilement) aux goûts du jour : aujourd’hui, ce qui plaît est une musique plus légère et dont l’essentiel de la production a lieu à Naples. Mais le Saxon n’est pas à la pointe de la mode et il continue à aduler la musique instrumentale, en particulier celle pour bois dont les Germains raffolent. Quant aux Vénitiens, ils bénéficient d’une telle offre de concerts musicaux qu’ils ne savent plus reconnaître une belle partition lorsqu’elle enchante  leurs oreilles. Ce soir, s’ils étaient venus, c’était davantage pour assister à un spectacle en présence d’un hôte prestigieux que pour écouter de la musique.

Or, ce fut une soirée particulière, à tous points de vue, je dois l’avouer.

D’abord, il faisait anormalement chaud lors de la représentation et l’air venait à manquer. Le tonnerre grondait au dehors. A cela, ajoutons les bougies, ce qui ne gâcha rien. La demoiselle à ma droite manqua de s’évanouir.

Portrait présumé de VivaldiEt que dire des musiciennes de l’institution condamnées à jouer dans les hauteurs, dissimulées derrière des grilles pour les soustraire au regard des hommes venus chercher épouses ? L’autre moitié de l’effectif jouait à hauteur du public. L’effet sonore, tantôt de face, tantôt en écho grâce à la disposition des instrumentalistes, fait toujours des spectacles donnés à l’hôpital un vrai régal. Concédons toutefois qu’ils ne valent pas ceux exécutés à la basilique et qu’ils n’en sont qu’une adaptation, voire une copie.

Jusqu’ici, rien de notable, avouons-le. Je ferai fi de la sérénade qui ne m’a guère diverti (je ne comprends pas l’engouement pour ce Goldoni) et m’attarderai plutôt sur la musique du prêtre qui dirigeait aux côtés des orphelines.

Vivaldi m’a surpris. D’abord, il nous gratifia d’un concerto pour luth, viole d’amour, archet et basse continue. Qu’y a-t-il de surprenant là-dedans ? Sans aucun doute la dualité inhabituelle entre les premiers instruments, nobles s’ils en existent. Le premier mouvement (oui, Vivaldi n’a pas été original à ce niveau, se contentant d’un habituel vif-lent-vif) était envoutant : les cordes jouaient en sourdine alors que le luth et la viole dialoguaient et se prennent au jeu des rivalités et des imitations mutuelles. Ensuite, le largo fut laissé aux cordes sur lesquelles se déposaient la viole, pleine de romance et cantabile, et le luth à peine festonné. Quel moment invitant à la méditation ! Enfin, l’allegro final conclut le tout sur un rythme soutenu où les deux instruments principaux rivalisaient de virtuosité à nouveau. Joli moment !

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Plus tard, le vecchio m’émut par son écriture : un concerto pour quatre violons (déjà, c’est plutôt rare). Mais c’est surtout la mise en scène de l’oeuvre qui me surprit : j’ai évoqué plus avant la disposition particulière de la Pietà. C’est ici qu’elle prit pleinement son sens : un violon jouait sur scène alors que les trois autres, dissimulés, y répondaient de je-ne-sais-trop-où : l’écho venait d’un peu partout. Surprenant ! Et que dire de la partition emprunte à la fois d’un style que je pourrais appeler « galant » ou du moins précieux et d’une mélancolie interpellante, en particulier lorsque les solistes attaquaient le jeu en solo accompagné d’un subtil écho… magique !

Enfin, je ne pourrais éluder la dernière pièce, étonnante à plus d’un titre. D’abord, l’instrumentation : deux violons (assez particuliers et sourds : « jouant en trombes marines » comme on m’expliqua), deux mandolines, deux chalumeaux (sortes de cors), des théorbes, des flûtes et un violoncelle. Rien que cet « assemblage » est atypique : je ne me rappelle pas avoir entendu pareil ensemble pour un concerto. Vivaldi, paraît-il, avait déjà fait semblable entreprise il y a quelques mois et il réitéra sans doute pour faire languir Sa Majesté. Quant à l’écriture, elle est survoltée et le prêtre vire au tapageur, voir à l’esbroufe. Il ne faut lésiner sur rien si l’on veut vendre ses services (j’ai surpris une conversation où il était question que Vivaldi quitte Venise pour offrir son talent à Dresde qui sait le reconnaître ; je mets fort à parier qu’une fois parti, la ville, toujours en proie à la nouveauté, l’oubliera bien vite). Mais je perds le fil de mes idées…l’originalité du concerto : des tutti ébouriffants suivis de prestations solistes ou de combinaisons de ceux-ci. Pas une fois le rythme ne s’essouffle. Tout se combine, se succède avec brio ; tous rivalisent aussi. Une chose est certaine : le public fut abasourdi et le silence régnait dans la salle. Il fallut attendre la fin du premier mouvement pour entendre les commentaires qui ne manquèrent pas de les gâcher (même s’ils étaient plus conventionnels au regard du premier) : un andante molto où les mandolines s’entrecroisent et un allegro où les solistes, à tour de rôle, saluent le public par quelques mesures entrecoupées de tutti. Ce fut un peu comme le final d’un opéra ! Bravo ! Quelle audace ! Quelle désinvolture lors d’une telle représentation et dans un tel lieu ! Sa Majesté a su apprécier à sa juste valeur la prestation qu’elle venait d’avoir sous les yeux.

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La soirée se termina à l’ambassade de Saxe où les festivités allèrent bon train. Vivaldi était présent mais je n’ai pu lui adresser un mot. J’essaierai à l’occasion qu’il me vende quelques-unes de ses partitions. On dit qu’il a des difficultés d’argent. Cela est une aubaine pour qui veut acheter de sa musique à bas prix !

Je rentre à mon palais alors que les premières lueurs de l’aurore pointent à l’horizon de la lagune. La nuit sera courte !

 

Ce fut là l’un des derniers concerts donnés par Vivaldi à Venise. Il décide de quitter la ville pour le Saint-Empire et s’installe à Vienne où il ne survivra pas : il meurt un peu plus d’un an après son départ de la Sérénissime, le 28 juillet 1741 dans le dénuement le plus complet.

 

* Orientation discographique

  • RV 540 : concerto pour viole d’amour et luth : Vivaldi : musica per mandolin e liuto, Ensemble Kapsberger, dir. Rolf Lislevand, Naïve, Edition Vivaldi, vol. 33, 1996 et 2006.
  • RV 522 : concerto ‘per eco in lontano’ : Concert for the Prince of Poland, The Academy of Ancient Music, dir. Andrew Manze, Harmonia Mundi, HMX 2907230, 1998.
  • RV 558 : concerto pour instruments multiples : Concerti per mandolini, concerti con molti strumenti, Europa galante, dir. Fabio Biondi, Virgin, 2002.

 

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ English version ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ 

San Benedictus’ Day, Monday, 1740 [March 21, 1740]],
Venice.

I am likely to be one of rare privileged to attend the spectacle which was given to Ospedale della Pietà, this evening, in the honor of His Majesty the Prince-Voter of Saxony, Frederick-Christian, who makes us the privilege visit our city since December. It is told that he wants nothing to miss by the concerts played Venice. The city put besides the small dishes in the large ones to receive this traveller of mark. Never the carnival knew such an ostentation and the authorities reflect with contribution all that it counted artists in the lagoon. One of the points of organ of the festivities occurred this evening: one played Il Coro delle Muse (a serenade), according to a booklet of Goldoni which one does not present any more in these places.

2968 dans MusiqueIt is undeniable that these were the musical interludes that His Majesty the Prince appreciated. One even says that it wove particular bonds with the type-setter, Antonio Vivaldi, considered violonist and composer who knows increasingly frequent failures at the time of the representations of his operas. Let us see reality opposite: Vivaldi gets old and its music starts to pass from mode. His most recent failures come from its operas (I said it above) which do not correspond any more (or adapt very with difficulty) to the last styles: today, which likes is a lighter music and of which the essence of the production takes place in Naples. But the Saxon one is not with the point of the mode and it continues to adulate the instrumental music, in particular that for wood whose German likes. As for Venetian, they profit from such an offer in musical concerts which they cannot recognize any more one beautiful partition when it enchants their ears. This evening, if they had come, it was more to attend a spectacle in the presence of a prestigious host that to listen to music.

However, it was one evening particular, with all points of view, I must acknowledge it.

Initially, the weather was abnormally hot at the time of the representation and the air had suddenly missed. The thunder thundered with the outside. With that, let us add the candles, which did not waste anything. The young lady on my line missed disappearing.

Supposed portrait of VivaldiAnd what to say musicians of the institution condemned to play in the heights, dissimulated behind grids to withdraw them from the glance them men come to seek wives? Other half of manpower played height of the public. The sound effect, sometimes of face, sometimes in echo thanks to the provision of the instrumentalists, always makes spectacles given to the hospital a true treat. Let us concede however that they are not worth those carried out with the basilica and that they are only one adaptation, even a copy.

Up to now, nothing notable, let us acknowledge-the. I will despize serenade which hardly diverted me (I do not understand the passion for this Goldoni) and will rather delay me on the music of the priest who directed to the sides of the orphan ones.

Vivaldi has surprised me. Initially, it us gratifia of a concerto for lute, viola d’amore, string and continous. What there have of surprising in it? Without any doubt unusual duality between the first instruments, noble if they exist about it. The first movement (yes, Vivaldi was not original on this level, being satisfied with usual sharp-slow-sharp) was envoutant: the cords played out of silencing device whereas the lute and the viol dialogued and are caught with the play mutual competitions and imitations. Then, the largo was left with the cords on which settled the viol, full with lovesong and cantabile, and the hardly festooned lute. What a moment inviting to the meditation! Lastly, the final allegro concludes the whole on a sustained rhythm where the two principal instruments competed of virtuosity again. Pretty moment!

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Later, the vecchio moved me by its writing: a concerto for four violins (already, it is rather rare). But it is especially the setting in scene of the work which surprised me: I evoked more before the specific measure of Pietà. It is here that it took its direction fully: a violin played on scene whereas the three others, dissimulated, answered it of I–know-too-where: the echo came from a little everywhere. Surprising! And that to say partition at the same time style borrows which I could at least call “gallant” or invaluable and of a challenging melancholy, in particular when the soloists tackled the play in solo accompanied by a subtle magic echo…!

Lastly, I could not elude the last part, astonishing in more than one way. Initially, instrumentation: two violins (enough particular and deaf: “playing in marine waterspouts” as me was explained), two mandolines, two shalmos (kinds of horns), of the luths, the flutes and a violoncello. Only this “assembly” is atypical: I do not remember to have heard similar orchestra for a concerto. Vivaldi, appear-it, had already made similar company a few months ago and it undoubtedly reiterated to make languish His Majesty. As for the writing, it is boosted and the priest transfers with noisy, to see by hustling. One should not haggle over nothing if one wants to sell his services (I have surprised a conversation where it was a question that Vivaldi leaves Venice to offer its talent to Dresden which can recognize it; I extremely put to bet that once party, the city, always in prey with the innovation, will forget it well quickly). But I lose the thread of my ideas… the originality of the concerto: followed tutti dishevelling, next soloists or combinations of those. Not once the rhythm is not blown. All combines, follows one another with brilliance; all compete too. A thing is certain: the public was deafened and silence reigned in the room. It was necessary to await the end of the first movement to hear the comments which did not fail to waste them (even if they were more conventional taking into consideration first): an andante molto where the mandolines intersect and an allegro where soloists, in turn, greet the public by some measurements intersected with tutti. It was a little like the final one of an opera! Cheer! What a audacity! What a ease at the time of such a representation and in such a place! His Majesty knew to appreciate with its right value the service which it had just had under the eyes.

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The evening finished with the embassy of Saxony where the festivities went good progress. Vivaldi was present but I could not address few words to him. I will test on the occasion that it sells some of its partitions to me. It is said that it has difficulties of money. That is an aubaine for which wants to buy its music at low prices!

I return to my palate whereas the first gleams of the dawn appear on the horizon of the lagoon. The night will be short!

 

It was there one in the last concerts given by Vivaldi in Venice. He decides to leave the city to leave to the Holy roman Empire. He settles in Vienna where he will not survive: he dies a little more than one year after his departure of Sérénissime, on July 28, 1741 in the most complete destitution.

 

* Orientation discographic

  • RV 540 : concerto pour viole d’amour et luth : Vivaldi : musica per mandolin e liuto, Ensemble Kapsberger, dir. Rolf Lislevand, Naïve, Edition Vivaldi, vol. 33, 1996 et 2006.
  • RV 522 : concerto ‘per eco in lontano’ : Concert for the Prince of Poland, The Academy of Ancient Music, dir. Andrew Manze, Harmonia Mundi, HMX 2907230, 1998.
  • RV 558 : concerto pour instruments multiples : Concerti per mandolini, concerti con molti strumenti, Europa galante, dir. Fabio Biondi, Virgin, 2002.
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