L’Eglise du Béguinage, Bruxelles

11 05 2008

Quelques noms épars de rues sibsistent aujourd’hui encore à Bruxelles, témoins du passé révolu. Cette Recherche du temps perdu est bien difficile car le temps et l’activité humaine n’ont pas facilité la conservation du patrimoine dans la capitale.

Histoire, musique et photographies se mêlent dans ce billet dédié à une église originale et méconnue.

L'Eglise du Béguinage, Bruxelles dans Bruxelles faade

Il faut remonter au milieu du XIIIe siècle pour trouver l’origine de cet édifice. A cette époque, des béguines décident de fonder une petite chapelle consacrée à Notre-Dame de la Vigne, en dehors de la première enceinte de la ville. Leur principale source de revenus demeurant la confection de draps, elles s’enrichissent habilement en se soustrayant à la guilde des drapiers (qui leurs imposaient des normes). Bien vite, elles décident d’embellir leur édifice cultuel pour refléter au mieux leur prestige (l’édifice gothique n’est connu que par quelques illustrations anecdotiques).

En 1579, les troubles religieux secouent Bruxelles. Le culte catholique est interdit et les statues sont détruites. Les bâtiments sont vendus à des particuliers et l’église doit être démolie (c’est la clause du contrat d’achat !). Le toit et la charpente étaient déjà démontés lorsque Farnèse mit fin au pouvoir protestant sur la ville. Reconstruits, l’église (consacrée en 1604 à Saint-Jean-Baptiste) et le béguinage connurent une période de faste, soutenu par les archiducs Albert et Isabelle.

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Les Pays-Bas du Sud deviennent à partir du Concile de Trente l’ultime bastion catholique face aux Provinces-Unies protestantes. Intégrées à l’arsenal de propagande, les églises baroques fleurissent et répondent aux nouvelles Je mettai bientôt une milleure photo !prescriptions formulées lors du Concile. Les voûtes en plein-cintre, l’influence italienne… en sont manifestes. Mais les Pays-Bas ne sont pas l’Italie et les architectes ne maîtrisent pas les mêmes procédés. A Saint-Jean-Baptiste du Béguinage, les héritages gothiques sont encore visibles : les piles sont hautes et élancées et la croisée du transept avec la nef est en croisées d’ogives. Du gothique, elle garde aussi la façade où les pinacles et la verticalité en sont les legs. Et que dire de la tour, accolée au choeur ? Elle est une transposition baroque de la flèche de l’hôtel de ville gothique !

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Mais la période choisie par les béguines pour reconstruire leur église n’est pas la plus opportune : une récession économique (à cause des guerres franco-espagnoles) plongent l’institution dans des difficultés financières. Aussi, la réédification du bâtiment fut longue et s’étala vraisemblablement sur plus d’un siècle. A titre d’illustration, comparez l’évolution plastique des têtes de chérubins sculptés de la nef au choeur.

01 dans PhotosPour des difficultés financières toujours, l’institution ne meubla que très peu son édifice, ce qui est encore visible aujourd’hui.

Enfin, ce fut la Révolution française et son héritage surtout qui mirent fin au béguinage, lui préférant un grand hospice plus en adéquation avec les normes de l’époque. Au XIXe siècle, le quartier fut totalement transformé, aménageant une place en étoile autour de l’église et l’ancienne morphologie du quartier fut bouleversée pour répondre aux goûts urbanistiques néo-classiques.

Bruxelles subit de nombreux travaux au fil de son histoire et il serait trompeur de croire pouvoir reconnaître un Moyen Âge ou un XVIe siècle (âge d’or) dans la ville. Pourtant, malgré les nombreux dégâts commis (surtout au XXe siècle), je pense qu’il faut se réjouir de cette superposition de « strates », à défaut de pouvoir contempler une ville plus pittoresque.

06 07

 

Orientation bibliographique :
* Le quartier du Béguinage, coll. « Bruxelles, ville d’art et d’histoire », n°4, Bruxelles, 2000.

Accompagnement musical :
fioccoCe choix n’est pas un hasard, nous en serions-nous doutés. Il s’agit du Homo Quidam de Joseph-Hector Fiocco, petit dernier de deux générations d’Italiens émigrés à Bruxelles. Il fut successivement maître de chapelle à Anvers, puis à Sainte-Gudule à Bruxelles en 1737 où il s’éteint quatre ans plus tard, âgé de trente-huit ans à peine.

Joseph-Hector Fiocco,  »Missa Solemnis » ; dir. Patrick Peire, Capella Brugensis, Collegium Instrumentale Brugense, Naxos 8.557120, 2003. Album intéressant car seul enregistrement de l’oeuvre mais d’une qualité moyenne.

Eglise du Béguinage à Bruxelles
Album : Eglise du Béguinage à Bruxelles

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2 réponses à “L’Eglise du Béguinage, Bruxelles”

  1. 11 05 2008
    jardinbaroque (14:17:10) :

    Je ne vais pas être très original, mais ton billet est, une fois encore, particulièrement réussi, car bien documenté et bien écrit. Moi qui ne connais pas du tout Bruxelles (que je vais finir par ajouter à ma liste de destinations à envisager), je viens de faire un joli voyage dans le passé, grâce à ton choix musical (l’interprétation n’est pas à se relever la nuit, mais, en dépit des instruments modernes, me semble honnête), et dans le présent, grâce à tes superbes photos.
    Cette église me semble posséder une véritable âme et je crois que l’on peut dire que tu as su non seulement la saisir, mais aussi la transmettre, ce qui n’est pas forcément la chose la plus facile à faire.
    Merci à toi,
    Amitiés.

  2. 13 05 2008
    Henri-Pierre (17:17:26) :

    Pour moi qui ai la passion de Bruxelles (je finirai bien par m’y promener avec jardin B) ce billet, sachant que le béguinage est un de mes lieux de prédilection de cette capitale, est une bouffée de douce nostalgie ; après sa lecture j’ai fermé les yeux et une bouffée d’air de là bas est venue me caresser l’âme.

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