Même géants, tout petits nous sommes…

20052008

Petite précision : les photos ne sont pas de moi :-DJe dédie cet article à une personne particulière qui se reconnaîtra si elle lit ces lignes.

Changement radical de registre. Les habitués de ces pages savent que je surprends parfois par mes choix. J’aime étonner et déteste me conforter dans un systématisme sans intérêt, sinon celui de répéter sous une forme différente ce qu’on a déjà réussi par le passé. Aussi, à ceux qui viennent ici pour la nouvelle analyse d’une peinture ou d’un morceau classique, qu’ils attendent le prochain billet. Aujourd’hui, je voudrais changer les habitudes et présenter, à ceux qui ne le connaîtraient pas encore, un artiste – oui, nous pouvons employer ce mot, beaucoup plus approprié que « chanteur » – d’un talent rare : Pierre Lapointe.

Et pour vous donner l’eau à la bouche, je ne me lancerai pas cette fois-ci (une autre sans doute) dans une courte biographie. Non. Je vous présenterais plutôt une de ses chansons, une des plus réussies surtout.

Pierre Lapointe n’écrit pas de ces chansons qui ne parlent pas ou n’évoquent rien. Au contraire, les siennes sentent le vécu, non dans son interprétation romantique du terme, c’est-à-dire celle où l’artiste raconte son passé et se met à nu. Ici, nous devrions plutôt voir l’acteur, celui qui se glisse dans la peau d’un personnage (parfois reflet d’un trait de caractère de sa personnalité) le temps d’une scène, la chanson ; le temps d’un acte, l’album.

 

                                        Tel un seul homme

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La musique est simple, à l’opposé du texte, profond : pulsation lente, récurrences mélodiques, balancement. Seul le refrain est à peine plus soutenu. A peine. Il y a là comme une hypnose qui s’en dégage : nous marchons tous (mais seul !) dans la même direction vers notre fin, inexorable, mais faisons du sur place.

Il n’y a rien à objecter concernant les paroles : elles sont percutantes et bien écrites. Les pieds sont variables d’un sonnet à l’autre (même à l’intérieur d’un même sonnet), ce qui permet à l’artiste de ralentir lorsqu’il veut developper (notamment les images), d’accélérer lorsqu’il veut aller à l’essentiel et créer une sorte de  »chute. »

Quant au clip, il illustre la chanson : de l’oeuf d’où nous venons jusqu’à la lumière (dont nous sommes une infime partie) vers laquelle nous irons, les épreuves sont nombreuses dans ce monde peuplé d’une foule anonyme (les arbres). Malgré tout, nous continuons à marcher sous la voûte étoilée dans la solitude la plus totale. Le rideau tombe sur le théâtre de la vie.

Voilà ce qu’on pouvait très brièvement évoquer à propos de cette chanson. J’espère qu’elle invitera les habitués de ces pages à découvrir d’autres horizons, tout comme les néophytes au classique à explorer ce blog. Qui sait ? Peut-être qu’il deviendra un lieu d’échanges…

 

Paroles

Et si je vous disais que même au milieu d’une foule
Chacun, par sa solitude, a le cœur qui s’écroule
Que même inondé par les regards de ceux qui nous aiment
On ne récolte pas toujours les rêves que l’on sème

Déjà quand la vie vient pour habiter
Ces corps aussi petits qu’inanimés
Elle est là telle une déesse gardienne
Attroupant les solitudes par centaines…

Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie
Celle qui, comme l’enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l’homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes

La main de l’autre emmêlée dans la nôtre
Le bleu du ciel plus bleu que celui des autres
On sait que même le plus fidèle des apôtres
Finira par mourir un jour ou l’autre

Et même amitié pour toujours trouver
Et même après une ou plusieurs portées
Elle est là qui accourt pour nous rappeler
Que si les hommes s’unissent
C’est pour mieux se séparer

Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie
Celle qui, comme l’enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l’homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes

Car, tel seul un homme, nous avançons
Vers la même lumière, vers la même frontière
Toujours elle viendra nous arracher la vie
Comme si chaque bonheur devait être puni

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l’homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes




L’Eglise du Béguinage, Bruxelles

11052008

Quelques noms épars de rues sibsistent aujourd’hui encore à Bruxelles, témoins du passé révolu. Cette Recherche du temps perdu est bien difficile car le temps et l’activité humaine n’ont pas facilité la conservation du patrimoine dans la capitale.

Histoire, musique et photographies se mêlent dans ce billet dédié à une église originale et méconnue.

L'Eglise du Béguinage, Bruxelles dans Bruxelles faade

Il faut remonter au milieu du XIIIe siècle pour trouver l’origine de cet édifice. A cette époque, des béguines décident de fonder une petite chapelle consacrée à Notre-Dame de la Vigne, en dehors de la première enceinte de la ville. Leur principale source de revenus demeurant la confection de draps, elles s’enrichissent habilement en se soustrayant à la guilde des drapiers (qui leurs imposaient des normes). Bien vite, elles décident d’embellir leur édifice cultuel pour refléter au mieux leur prestige (l’édifice gothique n’est connu que par quelques illustrations anecdotiques).

En 1579, les troubles religieux secouent Bruxelles. Le culte catholique est interdit et les statues sont détruites. Les bâtiments sont vendus à des particuliers et l’église doit être démolie (c’est la clause du contrat d’achat !). Le toit et la charpente étaient déjà démontés lorsque Farnèse mit fin au pouvoir protestant sur la ville. Reconstruits, l’église (consacrée en 1604 à Saint-Jean-Baptiste) et le béguinage connurent une période de faste, soutenu par les archiducs Albert et Isabelle.

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Les Pays-Bas du Sud deviennent à partir du Concile de Trente l’ultime bastion catholique face aux Provinces-Unies protestantes. Intégrées à l’arsenal de propagande, les églises baroques fleurissent et répondent aux nouvelles Je mettai bientôt une milleure photo !prescriptions formulées lors du Concile. Les voûtes en plein-cintre, l’influence italienne… en sont manifestes. Mais les Pays-Bas ne sont pas l’Italie et les architectes ne maîtrisent pas les mêmes procédés. A Saint-Jean-Baptiste du Béguinage, les héritages gothiques sont encore visibles : les piles sont hautes et élancées et la croisée du transept avec la nef est en croisées d’ogives. Du gothique, elle garde aussi la façade où les pinacles et la verticalité en sont les legs. Et que dire de la tour, accolée au choeur ? Elle est une transposition baroque de la flèche de l’hôtel de ville gothique !

04 dans Histoire 03 dans Musique

Mais la période choisie par les béguines pour reconstruire leur église n’est pas la plus opportune : une récession économique (à cause des guerres franco-espagnoles) plongent l’institution dans des difficultés financières. Aussi, la réédification du bâtiment fut longue et s’étala vraisemblablement sur plus d’un siècle. A titre d’illustration, comparez l’évolution plastique des têtes de chérubins sculptés de la nef au choeur.

01 dans PhotosPour des difficultés financières toujours, l’institution ne meubla que très peu son édifice, ce qui est encore visible aujourd’hui.

Enfin, ce fut la Révolution française et son héritage surtout qui mirent fin au béguinage, lui préférant un grand hospice plus en adéquation avec les normes de l’époque. Au XIXe siècle, le quartier fut totalement transformé, aménageant une place en étoile autour de l’église et l’ancienne morphologie du quartier fut bouleversée pour répondre aux goûts urbanistiques néo-classiques.

Bruxelles subit de nombreux travaux au fil de son histoire et il serait trompeur de croire pouvoir reconnaître un Moyen Âge ou un XVIe siècle (âge d’or) dans la ville. Pourtant, malgré les nombreux dégâts commis (surtout au XXe siècle), je pense qu’il faut se réjouir de cette superposition de « strates », à défaut de pouvoir contempler une ville plus pittoresque.

06 07

 

Orientation bibliographique :
* Le quartier du Béguinage, coll. « Bruxelles, ville d’art et d’histoire », n°4, Bruxelles, 2000.

Accompagnement musical :
fioccoCe choix n’est pas un hasard, nous en serions-nous doutés. Il s’agit du Homo Quidam de Joseph-Hector Fiocco, petit dernier de deux générations d’Italiens émigrés à Bruxelles. Il fut successivement maître de chapelle à Anvers, puis à Sainte-Gudule à Bruxelles en 1737 où il s’éteint quatre ans plus tard, âgé de trente-huit ans à peine.

Joseph-Hector Fiocco,  »Missa Solemnis » ; dir. Patrick Peire, Capella Brugensis, Collegium Instrumentale Brugense, Naxos 8.557120, 2003. Album intéressant car seul enregistrement de l’oeuvre mais d’une qualité moyenne.

Eglise du Béguinage à Bruxelles
Album : Eglise du Béguinage à Bruxelles

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