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Découverte d’une oeuvre musicale (Vivaldi, Farnace)

26012008

Antonio VIVALDI :

Aria :  »Gelido in ogni vena »

Opéra Farnace (Acte II, scène 5)        

English language version: half of page.

Ecouter l’aria en intégralité
dans la colonne de droite de cet excellent site http://humeurs.calende.org

 

Je voudrais inaugurer cette nouvelle rubrique (« Découverte d’une oeuvre musicale ») par une œuvre qui me tient particulièrement à cœur. Il s’agit d’une aria de l’opéra Farnace d’Antonio Vivaldi, « Gelido in ogni vena ». Sans doute fait-elle partie des morceaux les plus émouvants – les plus bouleversants, pardon ! – que le prêtre roux ait composé. Farnace, roi dépossédé, demande à sa femme et son fils de se suicider afin que l’ennemi ne les capture. Vivaldi doit ici mettre en musique la douleur d’un père devant l’horreur de son acte. Et quelle émotion !? Voyons comment opère le compositeur.

D’abord, les premières notes nous apparaissent familières. Elles nous évoquent les premières mesures de « L’hiver ». Un hasard ? Non, nous nous en serions doutés. Vivaldi, homme de spectacle - nous ne le rappellerons jamais assez – sait que ces notes ont le pouvoir de créer chez l’auditeur une sensation de malaise, voire une atmosphère dramatique, en dehors de l’évocation du gel dans son « hiver ». Et combien de fois ne les a-t-il pas recyclé ces notes ? Une bonne dizaine de fois au moins. Du coup, dès l’introduction, nous sommes fixé sur la tragédie de l’air. Mais le Vénitien n’oublie pas complètement son « hiver » et l’agressivité du gel : « Gelido in ogni vena scorrer mi sento il sangue » [Dans mes veines, je sens couler le sang gelé]. Une coïncidence ? Certainement pas ! Le procédé est simple et, pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de trouver l’effet remarquable. Quelques notes, lentes et répétitives. Il ne s’agit pas d’une simple illustration musicale du sang gelé évoqué par le texte. Chaque note aiguë est suivie d’une descente qui évoque la douleur, le poids que support l’homme sur ses épaules et dans son cœur, surtout. Ce mouvement incessant de va-et-vient illustre un Farnace seul avec sa conscience. L’effet est saisissant : il hypnotise l’auditeur qui s’imagine le chanteur regardant ses mains pleines de sang et chancellant, voire haletant.

Au chanteur, à ce moment, d’apporter sa contribution : faire ressentir son chagrin et son horreur dans sa déclamation. Et à ce jeu, c’est Furio Zanasi qui emporte la palme. Ecoutons comme la douleur l’a envahi : il articule à peine, horrifié par son acte (avec un m’ingombra di terror qui le répugne presque). Vivaldi le fait insister par des vocalises sur le esangue. L’interprète, lui, s’en sert pour pleurer.

Après avoir répété ce thème une deuxième fois (c’est le principe des arie da capo), un autre thème surgit, comme pour marquer une pause dans cette souffrance : c’est la raison qui l’a rattrapé (« Je crois avoir été cruel »). Mais cet instant de lucidité est rapidement dissipé par son désespoir. L’apothéose émotionnelle est atteinte lorsque le chanteur reprend une quatrième fois le thème premier : le esangue raisonne comme un coup de poignard. Il peine d’ailleurs à achever le couplet. Les dernières notes se meurent quelques secondes plus tard, comme décomposées, étouffées, prêtant même à penser que Farnace en a fini avec lui-même.

Rarement j’ai observé une telle symbiose entre la partition et les interprètes (la direction musicale de Jordi Savall et le chant de Furio Zanasi). L’émotion et la sobriété en sont exemplaires et il faudrait avoir un cœur de pierre pour rester insensible à ce cris de désespoir et de dégoût envers soi-même.

 

Paroles :

Gelido in ogni vena                      Je sens couler dans mes veines
scorrer mi sento il sangue,           un sang gelé,
l’ombra del figlio esangue            l’ombre d’un fils exsangue
m’ingombra di terror.                  m’emplit de terreur.
E per maggior pia pena,              Et pour ma plus grande peine,
credo che fui crudele                   je crois avoir été cruel
a un’anima innocente,                  avec une âme innocente,
al core del mio cor.                     le cœur de mon cœur.

 

Découverte d'une oeuvre musicale (Vivaldi, Farnace) dans Musique 216GY9ETFVL._AA130_

 L’extrait présenté ici provient de :

Antonio VIVALDI (et Francesco CORSELLI )

Farnace

Jordi Savall (direction), Le Concert des Nations. Avec Furio Zanasi, Sara Mingardo, Sonia Prina, Adrianna Fernandez, Fulvio Bettini, etc.

Site officiel

Deux autres versions sont disponibles sur la toile, mais elles ne valent pas celle de Furio Zanasi :

* Cécilia Bartoli

* Lorenzo Regazzo

 

A noter que d’autres articles reviendront sur la musique baroque, Vivaldi, l’aria da capo, Farnace ou encore Furio Zanasi. Mais un peu de patience ! ;-)

 

 

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ English version ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

 

Antonio VIVALDI :

Aria :  »Gelido in ogni vena »

Farnace Opera (Act II, scene 5)

Listen to this air in integrality
in the column of right-hand side of this excellent http://humeurs.calende.org site

 

I would like to inaugurate this new heading (« Discovery of a musical work ») by a work which particularly holds me with heart. It is about an aria of the opera Farnace by Antonio Vivaldi, “Gelido in ogni vena”. Undoubtedly forms it part of the pieces more moving – more upsetting, forgiveness! – that the red-headed priest composed. Farnace, dispossessed king, request with his wife and her son to commit suicide so that l’ enemy does not capture them. Vivaldi must put here in music the pain of a father in front of the horror of his act. And which emotion!? Let us see how the type-setter operates.

Initially, the first notes appear familiar to us. They evoke us the first measurements of “the winter”. A chance? Not, we would have suspected it. Vivaldi, man of spectacle – we will never point out it enough – knows that these notes have the capacity to create at the listener a feeling of faintness, even a dramatic atmosphere, apart from the evocation of freezing in its “winter”. And how much time didn’t it recycle them these notes? Good ten time at least. Blow, as of the introduction, we are fixed on the tragedy of the air. But the Venetian one does not forget its “winter completely” and the aggressiveness of freezing: “Gelido in ogni vena scorrer mi sento il sangue” [In my veins, I feel to run cold blood]. A coincidence? Certainly not! The process is simple and, however, we cannot prevent ourselves from finding the effect remarkable. Some notes, slow and repetitive. It is not a question of a simple musical illustration of the cold blood evoked by the text. Each acute note is followed of a descent which evokes the pain, the weight that support l’ man on his shoulders and in its heart, especially. This ceaseless movement of to and from illustrates Farnace alone with its conscience. The effect is seizing: it hypnotizes the listener who thinks the singer looking at his hands full with blood and staggering, even suffocating.

With the singer, at this time, to contribute its share: to make feel its sorrow and its horror in its declamation. And with this play, it is Furio Zanasi which carries the palm. Let us listen as the pain invaded it: it hardly articulates, horrified by its act (with di terror will ingombra me which is repugnant to it almost). Vivaldi makes it insist by singing exercises on the esangue. The interpreter, it, make use of it to cry.

After having repeated this topic second once (it is the principle of the arie da capo), another topic emerges, like marking a pause in this suffering: it is the reason which caught up with it (“I believe to have been cruel”). But this moment of clearness is quickly dissipated by its despair. The emotional apotheosis is reached when the singer takes again fourth once the topic first: the esangue reasons like a stab. Besides he pains to complete the verse. The last notes die a few seconds later, as broken up, choked, lending even to think that Farnace finished some with itself. Seldom I observed such a symbiosis between the partition and the interpreters (musical direction of Jordi Savall and song of Furio Zanasi). The emotion and sobriety are exemplary and there would be necessary to have a stony heart to remain insensitive to this cries of despair and dislike towards oneself.

 

Lyrics:

Gelido in ogni vena                      I feel to run in my veins
scorrer mi sento il sangue,           a cold blood,
l’ombra del figlio esangue            the bloodless son’s shadow
m’ingombra di terror.                  fills me of terror.
E per maggior pia pena,              And for my greater sorrow,
credo che fui crudele                   I believe to have been cruel
a un’anima innocente,                  to an innocent heart,
al core del mio cor.                     the heart of my heart.

 

Extract presented here comes from :

216GY9ETFVL._AA130_ dans VivaldiAntonio VIVALDI (and Francesco CORSELLI )

Farnace

Jordi Savall (direction), Le Concert des Nations. Avec Furio Zanasi, Sara Mingardo, Sonia Prina, Adrianna Fernandez, Fulvio Bettini, etc.

Officiel Site

Two other versions are available on the web, but they are not worth that of Furio Zanasi  :

* Cécilia Bartoli

* Lorenzo Regazzo

 

It should be noted that other articles will speak again of the Baroque music, Vivaldi, arie da capo, Farnace or Furio Zanasi. But a little patience! ;-)




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