Disque

24 01 2008

Disque dans Musique 8424562216129André-Cardinal DESTOUCHES,
Callirhoé,
Hervé Niquet, le Concert spirituel, Stéphanie d’Oustrac, Cyril Auvity, Joào Fernandes, Glossa, 2007.

Lorsque Jean-Baptiste Lully s’éteint en 1687, Louis XIV perd un de ses plus précieux généraux, dictateur absolu au service du roi. Tout ce que le souverain réclamait, Lully le lui offrait. Quelles pages de propagandes à la gloire du roi dans les prologues d’Isis et de Persée ! A l’image de son mécène, le Florentin a imposé son style, désormais « français ». Mais, vingt ans plus tard, les tragédies en musique n’ont plus la même saveur. André-Cardinal Destouches, connu que de quelques spécialistes aujourd’hui, sut pourtant leur redonner leur éclat d’antan. Il faut dire que les attentes du public avaient changé : les scènes violentes, les pathétiques, les drames humains et les guerres avaient cédé le pas aux pastorales, aux fêtes champêtres, voire au goût pour l’exotisme avec les Indes galantes quand ce ne fut pas pour les opéras bouffe. Destouches, lui, reprend la tradition lullyste : après un prologue « propagandiste », les danses, les ballets, les oppositions entre les soli et le chœur s’enchaînent de façon saisissante (et grande nouveauté : les acteurs dialoguent avec le chœur). Louis XIV avoua d’ailleurs qu’aucune tragédie ne lui avait plus autant plue depuis Atys de Lully, son opéra favori.
C’est bien simple, l’action emporte dès le début l’auditeur au cœur du drame. Hervé Niquet sait qu’il faut garder l’attention du spectateur et le laisser méduser devant l’intrigue. Voilà pourquoi les puristes s’offusqueront de l’absence du prologue et de quelques danses. Le chef a pris le choix de supprimer le superflu. Et le pari est réussi ! Les cinq actes paraissent trop courts à l’auditeur : les récitatifs, nombreux dans l’opéra français, sont passionnants car Destouches y fait preuve d’une inventivité rare. Mais le compositeur ne s’arrête pas là : de sa partition de 1712, il supprime lui aussi les superflus (la version enregistrée est celle de 1743), allant même jusqu’à ôter les réjouissances finales…ce qui change complètement l’intrigue : les dieux, craints par les trois protagonistes principaux durant tout l’opéra (voyez le superbe Redoutable enfant du tonnerre, acte II), ne peuvent rien contre les passions humaines. Le grand prêtre Corésus, voyant qu’il ne pourra séparer Callirhoé, à qui il était promis, de son amant Angenor (ils sont sur le point de se suicider ensemble), ne voit qu’une seule issue possible : son propre suicide afin de calmer le courroux des dieux… impuissants par cet acte. Et si la Raison triomphait des superstitions ? Les derniers mots se meurent à peine dans la bouche de Corésus et la basse continue qui l’accompagne s’éteint avec lui. Silence. Le spectateur se retrouve alors seul, surpris par cette chute aussi inattendue que brève. Il n’a pas vu le temps passer, même si l’empressement d’Hervé Niquet peut finir par l’exténuer. Superbe version, donc, pour cette œuvre qui aura attendu 250 ans pour ressusciter.
Clou du spectacle, Glossa nous propose cet opéra dans une édition de luxe, sous forme de livre, comprenant les deux disques ainsi que six articles sur Callirhoé, avec, bien sûr le livret, soit 120 pages au total. Et la suite est prévue : après L’Orfeo de Monteverdi par La Venexiana (oubliez-le), Sémélée de Marin Marais, Proserpine de Lully par Niquet et son Concert spirituel, sans oublier l’Opus 1 de Vivaldi par Gatti.

 

* Ouverture
* Acte I, Scène 1
Acte II, Scène 1
* Acte II, Scène 5/1
* Acte II, Scène 5/2 « Redoutable enfant du tonnerre »
* Acte III, Scène 5/1
* Acte IV, Scène 5


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Une réponse à “Disque”

  1. 13 02 2008
    Philippe D (20:16:20) :

    C’est vrai que Destouches démontre dans ce « drame lyrique » un sens unique des harmonies, des couleurs, de l’expressivité dramatique. Il dépasse les canons de son époque pour nous dévoiler, plus de cinquante ans avant Gluck et Mozart, ce que sera l’opéra moderne, affranchi des conventions et archaïsmes encore très répandus à son époque.

    On savoure, dès les premières mesures, l’éclat de cette musique vive, chatoyante et on est saisi par l’inventivité de son compositeur et son sens des contrastes.

    Merci d’avoir référencé le Poisson Rêveur. J’ai ajouté votre blog à liste des propositions de blogs à découvrir. Philippe.

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